Le jeûne intermittent est assez populaire chez des nombreuses personnes. Il est vrai qu’il semble assez bien fonctionner pour certaines personnes dans des situations spécifiques. D’ailleurs, certains affirment même que ça change complètement leur vie.
Mais pour d’autres ? Pas vraiment. Et cela semble particulièrement vrai pour les femmes.
N’avez-vous pas remarqué qu’il semble que les hommes peuvent jeûner sans problème, alors que pour les femmes, le corps réagit mal s’il reste sans manger pendant trop longtemps ?
On pourrait se dire qu’ils sont tout simplement différents. Puisque, chacun réagit différemment à un même régime.
Et pourtant, il y a aussi de fortes chances que cela soit lié à leur sexe.
Si le jeûne intermittent semble être bénéfique pour de nombreux hommes, il peut avoir un effet négatif sur les hormones et le métabolisme des femmes. Comment ? Découvrons-le ensemble dans cet article.

1. Qu’est-ce que le jeûne intermittent ?
Le jeûne intermittent consiste à s’abstenir de manger pendant des périodes prolongées. Il existe de nombreuses façons de le pratiquer, notamment le fait de sauter des repas (surtout le petit-déjeuner), le jeûne un jour sur deux, etc.
La recherche suggère que le jeûne intermittent, quand il est pratiqué de façon appropriée et adapté selon les besoins individuels, pourrait avoir plusieurs effets bénéfiques sur la santé comme :
- Réguler la glycémie,
- Contrôler les lipides sanguins, comme les triglycérides,
- Diminuer le risque de maladie coronarienne,
- Gérer son poids,
- Favoriser la prise (ou le maintien) de la masse musculaire,
- Réduire le risque de cancer, et bien plus encore.
Parmi toutes les décisions concernant notre santé, tester le jeûne intermittent peut paraître sans risque. Donc, quel mal y a-t-il à essayer ? Naturellement, de nombreuses personnes tentent leur chance…
Mais, une tendance parallèle apparaît. En effet, certaines femmes rapportent des problèmes de santé sérieux, tels que des crises de boulimie, des perturbations métaboliques, une aménorrhée (arrêt des règles) et des débuts de ménopause qui surviennent plus tôt que la normale.
2. Le jeûne intermittent peut perturber l’équilibre hormonal féminin
Tenter le jeûne intermittent peut sembler attractif avec sa simplicité de mise en œuvre. Après tout, il s’agit simplement de modifier nos horaires de repas ou de sauter un repas, pas de prendre des substances non testées ou de suivre des régimes drastiques. Et avec les bienfaits qui lui sont attribués (perte de poids et longévité), quel inconvénient pourrait-il y avoir à tenter l’expérience ?
Eh bien, pour certaines femmes, c’est plus important qu’on ne le pense.
Il s’avère que les hormones qui régulent des fonctions importantes dans notre corps, comme l’ovulation, le métabolisme et même l’humeur, sont extrêmement sensibles à la quantité d’énergie que nous consommons par notre alimentation (1).
En fait, modifier la quantité et même le moment de vos repas peut avoir un impact négatif sur vos hormones reproductives. Et cela peut entraîner des répercussions importantes et causer toutes sortes de problèmes de santé.
a. Jeûne intermittent et hormones reproductives
Le jeûne intermittent peut influencer les hormones reproductives, aussi bien chez les femmes que chez les hommes, en agissant sur ce qu’on appelle l’axe HHG : l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique.
C’est comme une chaîne de communication entre 3 parties du corps : l’hypothalamus (une zone du cerveau), l’hypophyse (une glande sous le cerveau) et les gonades (ovaires ou testicules). Ces 3 éléments travaillent ensemble pour contrôler nos hormones sexuelles.
Voici comment cela se passe :
- L’hypothalamus libère l’hormone de libération des gonadotrophines (GnRH) par pics réguliers, appelés « pulsations ».
- Ces pulsations de GnRH stimulent l’hypophyse, qui libère alors l’hormone lutéinisante (LH) et l’hormone folliculo-stimulante (FSH).
- La LH et la FSH agissent ensuite sur les gonades.
Chez la femme, la LH et la FSH stimulent la production d’œstrogènes et de progestérone, hormones nécessaires à la libération d’un ovule mature (ovulation) et au maintien d’une grossesse.
Chez les hommes, elles stimulent la production de testostérone et de spermatozoïdes.
Comme cette chaîne de réactions se déroule chez la femme selon un cycle très précis et régulier, les pics de GnRH doivent être parfaitement synchronisés, sinon tout peut se dérégler. L’ovulation n’a pas lieu, les règles peuvent s’arrêter… Bref, c’est le chaos !
Les pics d’hormone qui déclenche la reproduction (GnRH) semblent très sensibles aux facteurs environnementaux et peuvent être perturbés par le jeûne.
En effet, même un jeûne de courte durée (par exemple, trois jours) peut modifier ces pics hormonaux chez certaines femmes. Des recherches montrent que le simple fait de sauter un repas peut mettre notre système hormonal en alerte (2). Même si ce n’est pas vraiment une situation d’urgence.
C’est peut-être la raison pour laquelle certaines femmes rencontrent des problèmes avec le jeûne intermittent.
b. Mais pourquoi manger moins met-il notre corps en alerte ?
Pendant de nombreuses années, les scientifiques pensaient que le taux de graisse corporelle d’une femme régulait son système reproducteur. L’idée était la suivante : si les réserves de graisse descendaient en dessous d’un certain pourcentage, les hormones seraient déréglées et les règles s’arrêteraient.
Résultat : aucune chance de grossesse.
D’un point de vue de l’évolution, cela paraissait logique. Nos ancêtres ne pouvaient pas simplement aller au supermarché. Donc une pénurie alimentaire était une source d’inquiétude majeure. En clair : ce n’était pas le moment idéal pour faire des enfants ou élever des jeunes. Ainsi, si vous perdiez de la graisse corporelle, votre corps pouvait en déduire qu’il n’y avait pas grand-chose à manger et tenter d’empêcher la reproduction.
Mais la situation est en réalité plus complexe. Le corps féminin semble se mettre en alerte avant même que la graisse corporelle ne diminue. Par conséquent, les femmes qui ne sont pas particulièrement minces peuvent également cesser d’ovuler et perdre leurs règles.
C’est pourquoi les scientifiques soupçonnent désormais que le bilan énergétique global (le nombre de calories consommées par rapport à celles dépensées) soit plus important dans ce processus que le pourcentage de masse grasse.

3. Comment votre alimentation et un excès de stress peuvent vous nuire ?
Lorsque vous consommez constamment moins de calories que vous n’en dépensez, on parle de déficit calorique ou de bilan énergétique négatif. Et c’est ainsi que l’on perd du poids. C’est précisément ce que beaucoup de personnes tentent d’obtenir en suivant un régime.
Mais lorsque ce bilan est extrême, ou s’il se prolonge dans un contexte de stress accru, il peut être responsable du dérèglement hormonal observé chez certaines femmes qui jeûnent.
N’importe quelle combinaison de facteurs de stress peut suffire à provoquer un déficit énergétique important et à bloquer l’ovulation (3). Par exemple : s’entraîner pour un marathon en étant grippée ; ou trop de jours d’affilée à la salle de sport sans consommer suffisamment de fruits et légumes (4).
Le stress, surtout psychologique, peut nuire à votre équilibre hormonal.
Notre corps ne fait pas la différence entre une menace réelle et une menace imaginaire, générée par nos pensées et nos émotions. Ces « menaces » peuvent augmenter le taux de cortisol, l’hormone du stress. Or, le cortisol inhibe la GnRH.
Petit rappel : perturber la GnRH entraîne une réaction en chaîne qui peut supprimer la production d’œstrogènes et de progestérone par les ovaires, des hormones essentielles à la reproduction.
Vous pourriez donc avoir un taux de masse grasse avoisinant les 30 %. Mais si votre bilan énergétique reste négatif pendant une période prolongée, surtout en cas de stress important, la reproduction s’arrête.
C’est du moins la théorie.
4. Pourquoi le jeûne intermittent affecte-t-il davantage les hormones féminines que masculines ?
Nous n’en sommes pas tout à fait certains. Mais plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène :
1. Les femmes seraient plus sensibles aux variations de l’équilibre nutritionnel que les hommes
Hommes et femmes semblent réagir différemment au jeûne ou à une restriction calorique importante. Cela pourrait être dû à la kisspeptine (ou métastine), une molécule protéique essentielle à la reproduction.
La kisspeptine stimule la production de GnRH chez les deux sexes, et nous savons qu’elle est très sensible à la leptine, à l’insuline et à la ghréline (des hormones qui régulent la faim et la satiété) (5).
Il est intéressant de noter que les femmes produisent plus de kisspeptine que les hommes. Un taux plus élevé de kisspeptine pourrait indiquer une plus grande sensibilité du corps féminin aux variations de l’équilibre énergétique (6).
Comparativement aux hommes, le jeûne entraîne plus facilement une baisse de la production de kisspeptine chez les femmes. Cette baisse perturbe l’équilibre de la GnRH, ce qui dérègle l’ensemble du cycle hormonal mensuel (7).
2. La restriction de certains nutriments, comme les protéines, peut également avoir des effets différents chez les femmes et les hommes
En général, les femmes mangent moins de protéines que les hommes (8). Quand elles pratiquent le jeûne, elles en consomment encore moins puisqu’elles réduisent leur alimentation totale.
Ceci pose problème car les protéines fournissent des acides aminés, essentiels à la reproduction.
Une carence en acides aminés peut affecter négativement les récepteurs d’œstrogènes et une hormone appelée facteur de croissance analogue à l’insuline 1 (IGF-1) (9). Ces deux éléments sont essentiels à l’épaississement de la muqueuse utérine pendant le cycle menstruel. Cette paroi doit s’épaissir pour créer un environnement accueillant où l’ovule fécondé pourrait s’installer. Si la muqueuse utérine reste fine, l’ovule ne peut s’implanter correctement, ce qui rend impossible le début d’une grossesse.
Par conséquent, les régimes pauvres en protéines peuvent réduire la fertilité.

5. Pourquoi les œstrogènes sont-ils si importants pour l’appétit, l’humeur, le métabolisme et la masse grasse chez la femme ?
Les œstrogènes (hormones (l’œstriol, l’œstradiol et l’œstrone) présentes aussi chez les femmes que chez l’homme mais à des proportions différentes) ne se limitent pas à l’utérus et à la reproduction. Puisque nous possédons des récepteurs d’œstrogènes dans tout le corps, notamment dans le cerveau, le tube digestif et les os.
Modifier l’équilibre hormonal œstrogénique entraîne des modifications de nombreuses fonctions métaboliques : cognition, humeur, digestion, récupération, renouvellement des protéines, formation osseuse ainsi que l’appétit et l’équilibre énergétique.
- Dans le tronc cérébral, les œstrogènes modifient les peptides qui signalent la satiété (cholécystokinine) ou la faim (ghréline) (10),
- Dans l’hypothalamus, les œstrogènes stimulent également des neurones qui inhibent la production de peptides régulateurs de l’appétit.
Faites quelque chose qui provoque une chute de votre taux d’œstrogènes (comme un jeûne), et vous pourriez vous sentir beaucoup plus affamée – et manger beaucoup plus – que d’habitude.
Les œstrogènes peuvent influencer également le stockage des graisses.
Les œstrogènes sont des régulateurs métaboliques essentiels. Leurs proportions évoluent avec le temps. Avant la ménopause, l’œstradiol est prédominant. Mais après la ménopause, le taux d’œstradiol diminue, tandis que celui de l’œstrone reste relativement stable (11).
On ne sait pas encore précisément comment chaque type d’œstrogènes agit dans le corps. Certains chercheurs avancent l’hypothèse qu’une baisse d’œstradiol pourrait déclencher une augmentation du stockage des graisses (12). Ceci pourrait expliquer, au moins en partie, pourquoi certaines femmes rencontrent plus de difficultés à perdre du poids après la ménopause.
Cependant, cette théorie n’explique peut-être pas tout. Si une baisse d’œstradiol peut être liée à une augmentation du stockage des graisses, elle n’en est probablement pas la seule cause (et pourrait même ne pas en être la cause du tout).
En réalité, la prise de poids observée autour de la ménopause pourrait être due plus généralement au vieillissement, à la diminution de la masse musculaire et aux variations d’appétit (un faible taux d’œstradiol est également associé à une augmentation de l’appétit).

6. Le jeûne intermittent tout au long de la vie féminine
Les femmes, qu’elles aient ou non des enfants, passent par différentes étapes dans leur vie, chacune marquée par de grands changements hormonaux.
Ces bouleversements peuvent avoir des répercussions physiques et psychologiques notables et influencer le sommeil, la digestion, la gestion du stress et le métabolisme. Regardons comment le jeûne intermittent pourrait affecter ces différentes phases chez une femme.
a. Le jeûne intermittent chez les jeunes filles
Durant les périodes de croissance intense, comme l’enfance et l’adolescence, le jeûne est déconseillé.
La plupart des enfants naissent avec la capacité de réguler assez bien leur alimentation, à condition de leur proposer un choix varié d’aliments sains.
L’adolescence (et même avant) est une période où les jeunes se questionnent beaucoup sur eux-mêmes et se comparent constamment aux autres. C’est souvent à ce moment que beaucoup de jeunes filles envisagent de faire un régime. Changer sa façon de manger à cet âge est particulièrement délicat, même quand ces changements pourraient être bénéfiques.
Au lieu de vous priver, mieux vaut se concentrer sur une meilleure écoute de sa faim, une alimentation consciente et privilégier des aliments peu transformés qui vous apportent ce dont votre corps a besoin. Essayez de voir les repas comme des moments de plaisir sans stress, et traitez votre corps avec gentillesse en étant à l’écoute de ses besoins.
b. Jeûne intermittent et ovulation
Si vous essayez d’avoir un enfant, le jeûne intermittent peut compliquer les choses. Pourquoi ? Parce qu’il peut empêcher l’ovulation de se produire normalement. Sans ovulation, aucun ovule n’est libéré. Sans ovule disponible, la fécondation devient impossible.
Certaines femmes peuvent s’être vues conseiller par des médecins ou d’autres professionnels de santé de perdre du poids avant de tomber enceinte. Lorsqu’elles envisagent une grossesse, beaucoup commencent naturellement à faire plus attention à leur santé et voient la perte de poids comme un objectif important dans leur préparation.
Quelle que soit la raison pour laquelle vous envisagez le jeûne intermittent, sachez ceci : pour l’équilibre hormonal, le jeûne intermittent n’est pas la meilleure méthode de perte de poids pour la plupart des femmes.
La plupart des femmes en âge de procréer se portent mieux avec des habitudes alimentaires saines, modérées et durables.
Sauf si vous êtes payée pour avoir ou maintenir une apparence ou des performances particulières (comme les culturistes ou athlètes professionnelles), sacrifier votre fertilité et votre équilibre hormonal n’en vaut peut-être pas la peine.
c. Le jeûne intermittent pendant la grossesse
Comme l’enfance et l’adolescence, la grossesse est une période de croissance intense. La prise de poids est un résultat normal de la grossesse et témoigne du bon développement du bébé.
Bien que cette prise de poids soit souhaitée, de nombreuses femmes s’inquiètent de voir leur poids augmenter. Celles qui sont particulièrement soucieuses de leur apparence ou celles qui souhaitaient perdre du poids avant leur grossesse peuvent encore y penser pendant cette période.
Certaines femmes peuvent même se voir conseiller par leur médecin de surveiller leur poids pendant la grossesse. Ce qui est beaucoup demandé quand on est déjà nauséeuse, fatiguée et anxieuse à l’idée que toute sa vie soit sur le point de changer.
Même si la gestion du poids est suggérée par un professionnel de santé, le jeûne est déconseillé pendant cette période. Au lieu de vous restreindre, privilégiez une alimentation équilibrée : assurez-vous d’un apport suffisant en protéines, en bonnes graisses, en glucides complexes, en légumes colorés et en fruits.
Vous pouvez également améliorer votre santé et contrôler votre prise de poids en faisant de l’exercice, à condition d’avoir l’accord de votre médecin.

d. Jeûne intermittent pendant l’allaitement
Si vous avez eu un bébé et que vous avez décidé d’allaiter, vous savez déjà que c’est une période exigeante pour votre corps : vous vous remettez peut-être encore de l’accouchement, vous manquez probablement de sommeil et votre vie est complètement chamboulée.
Pendant cette période, votre corps a besoin de plus d’attention, de nutriments supplémentaires et de moins de stress. C’est pourquoi le jeûne intermittent n’est probablement pas une bonne option pour les femmes qui allaitent.
De nombreuses mamans s’inquiètent de perdre leurs kilos de grossesse et peuvent se sentir pressées de retrouver leur silhouette d’avant. Il est possible de perdre du poids pendant cette période, mais des méthodes plus modérées sont plus sûres et donneront probablement de meilleurs résultats à long terme.
Pour une perte de poids saine et durable, essayez de combiner une activité physique modérée (même la marche avec une poussette compte !) et une gestion des portions.
e. Le jeûne intermittent chez les femmes vieillissantes
Puis la puberté, les règles, peut-être la grossesse et le post-partum. Quelle aventure ! Vient ensuite la ménopause, une autre transition hormonale importante dans la vie des femmes, qui peut les bouleverser physiquement, psychologiquement et socialement.
Les femmes qui traversent cette phase peuvent retrouver leur équilibre après des décennies consacrées à leurs enfants, leur conjoint et leur carrière. Ou bien, elles peuvent être plus occupées que jamais, à s’occuper de leurs parents vieillissants et de leurs jeunes adultes (qui refusent obstinément de quitter le nid).
Quel que soit le contexte, l’âge avancé suscite souvent le désir de se concentrer sur sa santé.
Certaines femmes s’intéressent au jeûne intermittent en raison de son association avec la longévité. D’autres souhaitent simplement perdre du poids facilement.
Bien que nous ne disposions pas d’études scientifiques concluantes sur les bienfaits du jeûne intermittent pour les femmes ménopausées ou post-ménopausées, nous savons que la restriction alimentaire est également une source de stress.
Les femmes qui surveillent strictement leur alimentation pour gérer leur poids tendent à présenter des niveaux de cortisol, hormone liée au stress, plus élevés que les autres. Si on ajoute à cela les troubles du sommeil fréquents à la ménopause, votre niveau de stress peut atteindre des sommets dangereux (13).
La baisse du taux d’œstrogènes signifie également que votre corps a une capacité réduite à gérer le stress. Même si de nombreux facteurs de stress sont bénéfiques, comme l’exercice physique, l’apprentissage et le changement, ils ne nous rendent plus forts que si nous nous prenons le temps nécessaire pour récupérer après.
Ainsi, si vous êtes une femme en cette période hormonale, essayez le jeûne intermittent uniquement si :
- Votre niveau de stress est faible,
- Votre sommeil est suffisant et de qualité,
- Vous ne souffrez pas de bouffées de chaleur ni de sautes d’humeur,
- Vous n’avez aucune carence nutritionnelle.
Même dans ce cas, commencez en douceur.
7. Ce que Les recherches actuelles disent
Bien que nous manquions d’études vastes à long terme menées sur des humains pour illustrer ces données scientifiques, afin d’avoir une image complète, nous disposons néanmoins de quelques éléments qui nous aident à mieux comprendre ce qui se passe.
a. L’étude sur la tolérance au glucose
La tolérance au glucose est la capacité du corps à absorber et métaboliser le glucose (= sucre) sur une période prédéfinie. Une tolérance normale au glucose (donc le fait que le corps absorbe et métabolise correctement le glucose sanguin) indique que le corps fonctionne harmonieusement, permettant de maintenir la glycémie dans des valeurs optimales après l’ingestion d’aliments contenant des sucres.
Ainsi, une intolérance au glucose correspond à une hyperglycémie modérée (glycémie : taux de glucose dans le sang relativement élevé) 2 heures après avoir mangé du glucose. Et cela correspond en fait à un prédiabète.
Les quelques études comparant les hommes et les femmes sont généralement de courte durée. Une étude de 2005 menée sur 16 personnes non obèses (8 hommes et 8 femmes), jeûnant un jour sur deux pendant trois semaines, a montré que la sensibilité à l’insuline des hommes s’est améliorée et leur glycémie est restée inchangée. En revanche, la réponse à l’insuline des femmes est restée inchangée, mais leur tolérance au glucose était légèrement moins bonne qu’avant le début de l’expérience (14).
Autrement dit, un protocole de jeûne intermittent de courte durée a amélioré la glycémie des hommes, mais l’a altérée chez les femmes.
Remarque : Chez les personnes diabétiques présentant déjà une intolérance au glucose, le jeûne est susceptible d’aggraver les problèmes de régulation glycémique. Les personnes diabétiques doivent éviter le jeûne intermittent.
b. Étude sur la réponse au stress
Une étude réalisée en 2018 a observé 11 femmes en surpoids. L’étude a comparé leur état habituel (alimentation normale) pendant deux jours avec leur état lorsqu’elles jeûnaient pendant deux jours (15). Les femmes ayant jeûné ont présenté une augmentation de l’activité du système nerveux sympathique. Cette augmentation n’a pas été observée chez les hommes dans les mêmes conditions.
Cela suggère que le jeûne induit une réponse au stress plus importante chez les femmes que chez les hommes.
c. Étude sur le SOPK
Une autre étude de 2018 a découvert un lien entre le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et des taux élevés de kisspeptine (16). En effet, le jeûne intermittent (ou tout type de jeûne) diminue le taux de kisspeptine (17).
Chez les femmes sans SOPK (dont le taux de kisspeptine est normal), le jeûne peut entraîner une diminution excessive de ce taux. Un taux de kisspeptine trop bas peut compromettre la fertilité.
En revanche, chez les femmes atteintes du SOPK (dont le taux de kisspeptine est élevé), le jeûne pourrait normaliser ce taux. Ceci a un effet régulateur sur le cycle reproductif et peut atténuer les symptômes du SOPK.
La normalisation du taux de kisspeptine peut également diminuer les taux élevés d’androgènes (comme la testostérone) fréquemment observés dans le SOPK.
Attention tout de même puisque les études chez l’humain n’ont pas encore confirmé cette hypothèse. Seules des études animales suggèrent un mécanisme possible (18). Il n’est donc pas possible de confirmer ou non que le jeûne intermittent soit bénéfique pour les femmes atteintes de SOPK.
8. Vous souhaitez faire un jeûne intermittent ?
Si vous souhaitez essayer le jeûne intermittent, voici quelques pistes pour y aller progressivement. Compte tenu des nombreuses incertitudes, une approche prudente est probablement préférable à une pratique trop avancée.
Vous pourriez commencer par tenir un journal alimentaire pendant quelques jours. Cela vous permettra d’identifier ce que vous mangez, en quelle quantité et à quelle fréquence. Mangez-vous tard le soir et grignotez-vous tout au long de la journée ? Vos portions sont-elles plutôt copieuses et rassasiantes, ou préférez-vous des repas plus légers ? Consommez-vous des protéines à chaque repas ? Des légumes ?
Une fois que vous aurez une meilleure idée de vos habitudes alimentaires, vous pourrez expérimenter un jeûne intermittent plus léger. Voici quelques suggestions :
- Commencez par espacer vos repas. Si vous avez l’habitude de grignoter entre les repas, que se passe-t-il lorsque vous arrêtez ? Avez-vous une faim de loup, des vertiges et de l’irritabilité ? Votre faim est-elle fluctuante ? Ou vous sentez-vous tout simplement bien ?
- Essayez d’allonger l’intervalle entre votre dernier repas du soir et votre premier repas du lendemain matin. Par exemple, si vous dînez habituellement à 20 h et prenez votre petit-déjeuner à 7 h (jeûne de 11 heures), essayez de dîner à 18 h et de prendre votre petit-déjeuner un peu plus tard, vers 8 h ou 10 h (jeûne de 14 à 16 heures).
Pendant ces essais, restez attentif à vos sensations physiques :
- Même si vous ressentez un peu plus d’inconfort que d’habitude, la faim est-elle globalement gérable ? La remarquez-vous seulement ?
- En cas de pic de stress, réagissez-vous plus ou moins ?
- Comment est votre sommeil ? Votre libido ? Votre niveau d’énergie ? Vos performances sportives ?
Soyez également attentif à vos ressentis par rapport à la nourriture et à votre corps : Éprouvez-vous de la culpabilité ou de la honte si vous devez rompre le jeûne plus tôt ? Avez-vous l’impression d’être privé et, par conséquent, mangez-vous trop lorsque vous êtes autorisé à manger ? Avez-vous tendance à être trop critique envers votre silhouette, ou votre valeur dépend-elle de votre capacité à bien suivre un jeûne intermittent ?
Observez-vous avec curiosité, bienveillance et honnêteté.
Si vous vous sentez énergique, alerte et que votre organisme fonctionne normalement, poursuivez un jeûne intermittent doux, ou essayez d’allonger légèrement la période de jeûne.
9. Quand arrêter le jeûne intermittent ?
Si vous vous sentez obsédé(e), déstabilisé(e) et constamment léthargique, réduisez la fréquence.
Arrêtez le jeûne intermittent si :
- Vos règles s’arrêtent ou deviennent irrégulières
- Vous rencontrez des difficultés à vous endormir ou à rester endormie
- Il y a une perte de cheveux plus importante que d’habitude
- Vous avez la peau sèche ou de l’acné
- Vous récupérez moins bien après vos séances d’entraînement
- Vos blessures guérissent lentement ou vous attrapez tous les virus qui circulent
- Votre tolérance au stress diminue
- Votre humeur est instable
- Vous ressentez des palpitations cardiaques anormales
- Votre désir romantique s’estompe (et votre intimité en souffre)
- Votre digestion ralentit sensiblement
- Vous avez toujours l’impression d’avoir froid.
Ajoutez des collations et/ou réduisez la durée de votre jeûne nocturne à 12 heures ou moins. Ne vous focalisez pas sur la « bonne façon ». Comme je l’ai constaté dans mes accompagnements, il existe de nombreuses façons de transformer son corps, et aucune ne requiert la perfection. Prenez soin de votre santé.
Conclusion
Finalement, le jeûne intermittent est-il mauvais pour les femmes ? Pas forcément. Mais ce n’est probablement pas la meilleure solution si vous souhaitez perdre du poids.
Le jeûne intermittent présente-t-il des avantages pour les femmes ? D’après nos connaissances actuelles, le jeûne intermittent a probablement un impact sur la santé reproductive si l’organisme le perçoit comme un facteur de stress important. Tout ce qui affecte votre santé reproductive a un impact sur votre santé et votre forme physique en général. Même si vous ne prévoyez pas d’avoir d’enfants.
Donc, le jeûne intermittent pour la perte de poids chez les femmes est complexe. Car le corps des femmes est peut-être tout simplement plus sensible aux variations de l’équilibre énergétique ET lorsque notre corps détecte des changements, cela peut perturber l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (axe HHG) et dérégler tout notre cycle hormonal.
Et, ce dérèglement hormonal peut être encore aggravé par d’autres facteurs de stress qui épuisent notre énergie.
Imaginez : s’occuper des enfants, travailler davantage pour obtenir cette promotion, gérer une blessure chronique, le hamster de la famille peut-être « perdu » dans les conduits de chauffage… Tout cela peut-être en même temps. De plus, le jeûne intermittent peut diminuer le taux d’œstrogènes, et une diminution des œstrogènes peut augmenter l’appétit et le stockage des graisses.
Alors, jeûner pour contrôler son poids ? Cela pourrait être… contre-productif. Un peu comme se retrouver coincé dans un piège à doigts chinois : plus on se débat, pire c’est.
Cependant, comme mentionné précédemment, le jeûne intermittent pourrait présenter certains avantages pour les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Et, des facteurs tels que votre âge, votre état nutritionnel, la durée du jeûne et les autres facteurs de stress dans votre vie, y compris l’activité physique, sont également susceptibles d’être pertinents.
Mais il est certain que le jeûne intermittent n’est pas fait pour tout le monde.
Et en réalité, certaines femmes devraient éviter le jeûne intermittent, comme les femmes qui :
- Sont enceintes puisqu’elles ont des besoins énergétiques accrus. Si vous envisagez de fonder une famille, le jeûne intermittent est déconseillé ;
- Ont des antécédents de troubles alimentaires (ou si vous en souffrez actuellement) : un protocole de jeûne pourrait aggraver votre situation ;
- Souffrent de stress chronique : Votre corps a besoin d’être choyé, pas de stress supplémentaire ;
- Dorment mal ;
- Débutent en matière de régime et d’exercice physique.
Comment se remettre en forme et perdre du poids si le jeûne intermittent ne vous convient pas ?
Apprenez les bases d’une bonne nutrition.
Jeûner ou non, privilégiez la qualité de vos repas : optez pour des protéines maigres, des légumes et des fruits colorés, des graisses saines et des glucides de qualité. Réduisez les sucreries, les boissons caloriques et les aliments transformés. Cuisinez et mangez des aliments complets. Faites de l’exercice régulièrement. Soyez constant(e) !
(Et si vous souhaitez être accompagné(e), faites appel à un coach.)
Ces principes de base sont de loin ce qu’il y a de mieux pour votre santé et votre forme physique. Certes, le jeûne intermittent est populaire. Votre frère, votre petit ami, votre mari ou même votre ami le trouve peut-être excellent pour la forme et la santé. Mais les femmes sont différentes des hommes, et nos corps ont des besoins différents.
Écoutez votre corps. Et faites ce qui vous convient le mieux.
COMMENTEZ ET PARTAGEZ NOTRE ARTICLE !
J’espère que cet article vous a été utile et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture ainsi qu’à atteindre vos objectifs de santé.
Comme toujours, je vous recommande également fortement de demander l’aide d’un(e) diététicien(ne) qualifié(e) ou d’un professionnel de la santé qualifié qui pourra vous aider à répondre à vos besoins particuliers.
Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à nous laisser des commentaires. Nous serons ravis de vous lire !
Bibliographie
(1) SCHNEIDER J. E. « Energy balance and reproduction » – Physiologye & behavior, 2004, 81(2), p. 289 – 317. DOI : 10.1016/j.physbeh.2004.02.007
(2) HILL J. W., ELMQUIST J. K., et ELIAS C. F. « Hypothalamic pathways linking energy balance and reproduction » – American Journal of Physiology, Endocrinology and Metabolism, 2008, 294(5), p. E827 – 832. DOI : 10.1152/ajpendo.00670.2007
(3) BOUTARI C., PAPPAS P. D., MINTZIORI G., et. « The effect of underweight on female and male reproduction » – Metabolism, 2020, 107, p. 154229. DOI : 10.1016/j.metabol.2020.154229
(4) MELIN A. K., HEIKURA I. A., TENFORDE A., et al. « Energy availability in Athletics: Health, Performance, and Physique » – Internation journal of sport nutrition and exercise metabolism, 2019, 29(2), p. 152 – 164. DOI: 10.1123/ijsnem.2018-0201
(5) DE BOND J.-A., et SMITH J. T. « Kisspeptin and energy balance in reproduction » – Reproduction, 2014, 147(3), p. R53 – 63. DOI: 10.1530/REP-13-0509
(6) PINILLA L., AGUILAR E., DIEGUEZ C., et al. « Kisspeptins and reproduction: physiological roles and regulatory mechanisms » – Physiological reviews, 2012, 92(3), p. 1235 – 1316. DOI: 10.1152/physrev.00037.2010
(7) HRABOVSKY E., CIOFI P., VIDA B., et. « The kisspeptin system of the human hypothalamus: sexual dimorphism and relationship with gonadotropin-releasing hormone and neurokinin B neurons » – The European Journal of neuroscience, 2010, 31(1), p. 1984 – 1998. DOI: 10.1111/j.1460-9568.2010.07239.x
(8) ANSES. Etude INCA 3 « Etude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 (INCA 3) » – ANSES, 2017, 566 pages. http://www.anses.fr/fr/content/inca-3-evolution-des-habitudes-et-modes-de-consommation-de-nouveaux-enjeux-en-matiere-de#:~:text=D’apr%C3%A8s%20l’%C3%A9tude%20INCA,ou%20encore%20les%20cr%C3%A8mes%20dessert.
(9) TORRE S. D., RANDO G., MEDA C. et al. « Amino acid-dependent activation of liver estrogen receptor alpha integrates metabolic and reproductive functions via IGF-1 » – Cell metabolism, 2011, 13(2), p. 205 – 214. DOI: 10.1016/j.cmet.2011.01.002
(10) FRAZAO R., LEMKO H. M. D., DA SILVA R. P., et al. « Estradiol modulates Kiss1 neuronal response to ghrelin » – American journal of physiology, 2014, 306(6), p. E606 – 614. DOI: 10.1152/ajpendo.00211.2013
(11) DAVIS S. R., MARTINEZ-GARCIA A., ROBINSON P. J., et al. « Estrone is a strong predictor of circulating estradiol in women age 70 years and older » – Journal of clinical endocrinology and metabolism, 2020, 105(9), p. e3348 – e3354. DOI: 10.1210/clinem/dgaa429
(12) VAN PELT R. E., GAVIN K. M., et al. « Regulation of body composition and bioenergetics by estrogens » – Endocrinology and metabolism clinics of North American, 2015, 44(3), p. 663 – 676. DOI: 10.1016/j.ecl.2015.05.011
(13) RIDEOUT C. A., LINDEN W., et BARR S. I. « High cortisol dietary restraint is associated with increased cortisol excretion in postmenopausal women » – Journal of gerontology. Series A, biological sciences and medical sciences, 2006, 61(6), p. 628 – 633. DOI: 10.1093/gerona/61.6.628
(14) HEILBRONN L. K., CIVITARESE A. E., BOGACKA I., et al. « Glucoe tolerance and skeletal muscle gen experession in response to alternate day fasting » – Obesity Research, 2005, 13(3), p. 574 – 581. DOI: 10.1038/oby.2005.61
(15) SOLIANIK R., et SUJETA A. « Two-day fasting evokes stress, but does not affect mood, brain activity, cognitive, psychomotor, and motor performance in overweight women » – Behavioural brain research, 2018, 15(338), p. 166 – 172. DOI: 10.1016/j.bbr.2017.10.028
(16) KATULSKI K., PODFIGURNA A., CZYZYK A., et al. « Kisspeptin and LH pulsatile temporal coupling in PCOS patients » – Endocrine, 2018, 61(1), p. 149 – 157. DOI: 10.1007/s12020-018-1609-1
(17) WAHAB F., ULLAH F., CHAN Y-M., et al. « Decrease in hypothalamic Kiss1 and Kiss1r expression: a potential mechanism for fasting-induced suppression of the HPG axis in the adult male rhesus monkey (Macaca mulatta) » – Hormone and metabolic research, 2011, 43(2), p. 81 – 85. DOI: 10.1055/s-0030-1269852
(18) WAHAB F., ATIKA B., ULLAH F., et al. « Metabolic impact on the hypothalamic kisspeptin-kiss1r signaling pathway » – Fontiers in Endocrinology, 2018, 9, p. 123. DOI: 10.3389/fendo.2018.00123










0 commentaires