Comme chaque début d’année, vous devez certainement être inondés de recettes DETOX, de cures de jus vert, de nettoyage hydrique, etc. Malheureusement, un grand nombre de ces promesses ne reposent pas sur la science factuelle. Pire encore, certains conseils erronés peuvent même être nocifs pour notre santé.
Alors qu’Internet offre un accès incroyable aux ressources éducatives, il sert également de plate-forme ouverte à la désinformation. Les réseaux sociaux, en particulier, prospèrent grâce à l’engagement des utilisateurs, quelle que soit leur exactitude. Et, cela constitue donc un terrain fertile pour la désinformation. D’ailleurs, le défi unique de la désinformation nutritionnelle et son impact ont récemment été publiés dans The Journal of Nutrition (1).
D’où vient cette désinformation sur la nutrition ? Et, comment pouvons-nous la repérer ?
1. Désinformation ? Mésinformation ? Mal-information ? Difference
Bon, avant de commencer, il est important de comprendre ce qu’est la mésinformation. Et en quoi elle diffère de la désinformation et de la mal-information. Toutes les trois sont des formes d’informations inexactes.
La mésinformation est donc une fausse information (image, statistiques, etc.) divulguée. Mais qui ne vient pas nécessairement d’une intention malveillante, donc sans intention de nuire. Elle découle souvent d’une vérité qui est déformée, sortie de son contexte ou exagérée au-delà de ses preuves.
Alors qu’une désinformation est une forme de mésinformation (donc de fausse information divulguée), mais qui vise à tromper. Elle peut être créée de toutes pièces ou délibérément déformée ou manipulée afin de tromper le public visé. Elle est souvent influencée par des enjeux politiques ou des profits. Pensez à une campagne de diffamation délibérée contre un aliment ou à un produit financé par un groupe d’intérêt ou encore aux théories du complot.
Quant à la mal-information, il s’agit d’informations privées qui ont été publiées délibérément (fausses rumeurs, accusations mensongères, etc.) dans l’intérêt d’une personne ou d’un organisme, en changeant le contexte, la date du contenu d’origine, etc.
Toutes les trois sont toutes aussi nocives les unes que les autres. Et nuisent à notre capacité à prendre des décisions éclairées concernant notre santé.
D’ou viennent ces mésinformations et désinformation ?
a. Des recherches mal interprétées
Grâce aux revues en open access (accès libre), nous avons la possibilité de pouvoir lire plus facilement de nombreuses études scientifiques (ou du moins leurs résumés). Cependant, la robustesse des preuves varie considérablement selon de nombreux éléments tels que la conception de l’étude (étude de cas, essai contrôlé randomisé, méta-analyse, etc.) ou encore le type de publication (revue évaluée par des pairs, article d’opinion, journal, etc.). Ainsi, ce n’est pas parce qu’une affirmation possède une citation d’articles scientifiques, qu’elle est nécessairement « fondée sur des preuves ». Par exemple :
Les titres trompeurs
Nous connaissons très bien ce principe surtout avec la presse. Il est évident que les articles de communiqués de presse sont rarement écrits par les auteurs à partir de l’étude de recherche proprement dite. Les gros titres exagèrent souvent les résultats afin d’attirer l’attention et d’augmenter le partage. Et malheureusement, beaucoup d’entre nous ne lisent pas au-delà des gros titres.
Par exemple, une étude de 2021 a révélé qu’en moyenne, les humains peuvent consommer entre 0,1 et 5 grammes de microplastiques par semaine (2). C’est une large gamme. Voici une vidéo et un article qui montrent tous deux comment au fil du temps (et de mauvaises critiques et du journalisme), ce résultat s’est transformé en gros titres comme « Vous mangez l’équivalent d’une carte de crédit en plastique par semaine ». D’ailleurs, au moment de la révision de cet article, je m’aperçois que TF1 publie une vidéo à ce sujet et relaye encore une fois cette fausse information (un peu en retard les cocos !).
Le Cherry picking ou le picorage
Il s’agit d’une recherche incomplète. Cela découle souvent d’un biais de confirmation lorsque les auteurs trouvent des études qui étayent leur affirmation tout en retenant (consciemment ou non) des preuves contradictoires. Le fameux documentaire The Game Changers s’appuie sur des études et des témoignages qui soutiennent les avantages pour la santé d’un régime alimentaire végétalien ou végane, tout en ignorant grossièrement les limites de ces recherches citées. Si vous souhaitez en savoir plus, voici mon article concernant le film « The Game Changers ».
Le risque relatif
C’est mon préféré. Puisque, très souvent, les risques relatifs sont affichés en gros titres. Cependant, sortie de son contexte, cette valeur ne signifie tout simplement rien. Le risque relatif est une mesure arbitraire qui ne peut tout simplement pas être interprétée sans connaître le risque absolu.
Par exemple, supposons qu’une portion supplémentaire de jambon augmente le risque de cancer de l’intestin de 18%. Pris hors contexte, sans connaître le risque absolu, ce chiffre ne veut rien dire (18% par rapport à quoi ???). Si le risque absolu de cancer de l’intestin pour la population générale est de 6%, on peut alors calculer que manger une tranche de jambon supplémentaire augmente le risque de cancer de l’intestin d’environ 7%.
b. Des interprètes non qualifiés
Vous le savez très certainement mais beaucoup de personnes non qualifiées pensent souvent tout savoir. Je suis toujours surprise de voir et/ou d’entendre des personnes, qui pourtant non aucune connaissance dans le domaine, surestiment leurs connaissances sur un sujet. Il ne me viendrait pas à l’esprit de contredire un mécanicien sur la raison de la panne d’une voiture, par exemple.
Bon, je peux comprendre la méfiance des personnes. Nous vivons dans un monde parfois difficile et les arnaques sont très nombreuses. Il est difficile de pouvoir se fier à quelqu’un. Un phénomène explique assez bien tous ces faits : l’effet Dunning Kruger.
Nous surestimons souvent les connaissances sur un sujet lorsque nous n’en savons qu’un peu. Mais à mesure que nous maîtrisons le sujet grâce à l’éducation et à la recherche, nous apprécions sa complexité et ses nuances. Et finalement, nous sous-estimons nos connaissances.
La conséquence de cet effet est de nombreuses personnes sous-éduquées mais trop confiantes #influenceurs n’ont pas l’expérience nécessaire pour repérer leurs « angles morts » et continuent de perpétuer leur vérité, attirant plus de followers avec leurs récits convaincants.

D’un autre côté, de nombreux vrais experts peuvent ne pas reconnaître ce qu’ils apportent comme information, car ils sont très conscients de ce qu’ils ne savent pas.
Cela signifie que nous nous retrouvons souvent avec les voix plus fortes et pas nécessairement les informations les plus précises. Et, les exemples sur les réseaux sociaux se comptent par milliers. Par exemple, un influenceur du bien-être qui a suivi un cours de nutrition et qui donne des conseils de thérapie nutritionnelle médicale comme guérir les maladies inflammatoires de l’intestine avec de l’eau citronnée (sans savoir que, jusqu’à présent, il n’y pas de remède contre les MII).
Une célébrité qui réussit à perdre du poids en supprimant certains groupes d’aliments et qui les diabolisent comme étant malsains ou mauvais pour notre santé. Ou encore un célèbre médecin (n’ayant pas eu de formation en nutrition) qui affirme que son régime très spécifique est le meilleur du monde et que cela changera votre vie pour toujours. Bon voyez ce que je veux dire !
2. Comment repérer la mésinformation ?
Voici comment savoir si vous êtes face à une information fiable et vérifiée ou une fausse information (mésinformation ou désinformation) :
Drapeaux Rouges
- Pas de références ou des références faibles (se fier aux témoignages),
- Pas de compétence : aucun diplôme référencé ou aucune expérience,
- Susciter une forte réaction émotionnelle (peur, méfiance, colère),
- Sous-entendus de la théorie du complot (non, le gouvernement ou l’industrie alimentaire n’essaie pas de vous empoisonner),
- Crier (pourquoi crient-ils ?),
- Fausses informations dichotomiques (vegan vs carnivore, bio vs non-bio, faible en graisse vs faible en graisse, … C’est jamais aussi simple),
- Sensationnalisme : un aliment ou un nutriment est le destructeur ou le sauveur de notre santé,
- Faire la promotion agressivement de compléments alimentaires ou autres substituts.
Drapeaux Verts
- Des références à des sources scientifiques : rechercher les éléments tels que les numéros PMID ou DOI,
- Des diplômes reconnus : PhD, MD, RD, MS, Master en nutrition, médecin nutritionniste, diététicien, … Cette liste n’est pas une preuve complète, mais elle aide,
- Reconnaître ouvertement ce qu’ils ne savent pas, accepter que « la science et la recherche sont limitées » ou faire référence à d’autres personnes qui connaissent le sujet mieux qu’eux,
- Voix neutre,
- Reconnaître quand ils ont changé leur croyance à propose de quelque chose : ce qui est un signe révélateur d’intégrité et de croissance professionnelle.
POUR CONCLURE
La mésinformation et la désinformation nutritionnelle sont un sujet sensible, mais important. Les allégations et les messages trompeurs peuvent considérablement nuire aux personnes les plus vulnérables.
Par exemple, affirmer qu’un régime alcalin est un miracle et guérit les cancers peut conduire un patient cancéreux désespéré à renoncer à un traitement médical traditionnel. D’ailleurs, l’auteur du régime alcalin a risqué jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour avoir prescrit « une solution miracle » et soutirer une grosse somme d’argent à une femme ayant le cancer du sein. Son traitement a entraîné une détérioration de sa condition puis sa mort. Pour en savoir plus sur le régime alcalin, c’est par ici.
Faire honte aux aliments non bios et les qualifier de toxiques, alors qu’ils ne le sont pas, peut empêcher des familles à petits budgets d’acheter des aliments nutritifs.
Prétendre que le lait de vache est inflammatoire alors que ce n’est pas le cas et qu’il peut même être anti-inflammatoire, peut amener un parent inquiet à le retirer inutilement (ainsi que ses nutriments essentiels) de l’alimentation de ses enfants (3).
Promouvoir le lait cru comme supérieur ou meilleur que le lait normal et pasteurisé (4) (5), alors que ce n’est pas mieux et peut en fait transporter des bactéries nocives, peut avoir des conséquences dangereuses pour les personnes enceintes, âgées ou immunodéprimées.
Il est vrai que les professionnels de santé ont du pain sur la planche, se faisant les voix de la raison et les défenseurs de la science dans cet espace saturé de conseils sur la santé et le bien-être. En attendant, je vous encourage tous à être de bons intendants de l’information. Donc avant d’aimer ou de partager une information, remettez en question les choses qui ne sonnent pas bien et signalez les messages faux ou nuisibles.
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J’espère que cet article vous a plu et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à les poster. Je serai ravie de vous entendre !
Bibliographie :
(1) DIEKMAN C., RYAN C. D., et OLIVER T. L. « Misinformation and Disinformation in food science and nutrition : impact on practice » – The journal of Nutrition, 2022, p. DOI : 10.1016/j.tjnut.2022.10.001
(2) SENATHIRAJAH K., ATTWOOD S., BHAGWAT G., et al. « Estimation of the mass of microplastics ingestted – A pivotal first step towards human hjealth risk assessment » – Journal of Harzardous Materials, 2021, 404(Pt B), p.124004. DOI : 10.1016/j.jhazmat.2020.124004
(3) DROR D. K., et ALLEN L. H. « Dairy product intake in children and adolescents in developed countries : trends, nutritional contribution, and a review of association with health outcomes » – Nutrition Reviews, 2014, 72(2), p. 68 – 81. DOI : 10.1111/nure.12078
(4) ANSES. « Fromages au lait cru : quels risques pour la santé et comment mieux les prévenir ? » – ANSES, 2022, article internet. Consulté le 03/01/2023. https://www.anses.fr/fr/content/fromages-au-lait-cru-quels-risques-pour-la-santé-et-comment-mieux-les-prévenir
(5) FDA. « Food safety and raw milk » – FDA U.S., 2022, article internet. Consulté le 03/01/2023. https://www.fda.gov/food/buy-store-serve-safe-food/food-safety-and-raw-milk










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