Le sucre et le cancer : Faits et Mythes
Celine Maetti
8 Fév, 2021

Le lien entre le sucre et le cancer est une question que beaucoup se posent et que nous entendons très souvent parler. Tapez « cancer et… » sur Google et le mot « sucre » ou « glucides » apparaît inévitablement.

Grâce à un panel d’experts en pseudoscience sur Internet, il est communément admis que « le sucre nourrit les cellules cancéreuses » et que vous devez éliminer les glucides de votre alimentation pour réduire le risque de cancer.

La principale raison est que le sucre augmente les niveaux d’insuline et peut-être d’autres facteurs de croissance qui peuvent influencer la croissance des cellules cancéreuses (1) (2). De nombreuses cellules cancéreuses possèdent des récepteurs à l’insuline. Ce qui fait qu’elles réagissent davantage que les cellules normales à l’insuline qui agit comme facteur de croissance en favorisant la croissance et la division cellulaire (3).

Pourtant, la principale source d’énergie de notre cerveau se trouve être fournie par les glucides. (Retrouvez plus de détails sur les glucides dans mon article qu’est-ce que les macronutriments ?). Mais, est-ce que tout cela signifie que le sucre nourrit le cancer ?

J’ai donc voulu attaquer ce concept de front pour regarder ce que la recherche nous dit. Alors le sucre nourrit-il le cancer ? Regardons d’abord les bases.

Le sucre et le cancer Faits et Mythes-2

1) QU’EST-CE QUE LE SUCRE ?

Lorsque vous entendez le mot « sucre », pensez-vous aux carrés sucrés, blancs et poudrés dans une boîte dans votre cuisine ? Ou peut-être pensez-vous aux bonbons, aux beignets, aux desserts et à toutes sortes de douceurs sucrées ?

La réalité est que le « sucre » est le même terme que le terme générique « glucides ».

Les glucides comprennent à la fois les « sucres simples » (monosaccharides : une unité de glucose) et les « sucres complexes » ou « carbohydrates complexes » (polysaccharides : une chaîne de plusieurs unités de glucose). Ces deux catégories sont présentes dans une grande variété d’aliments.

Le type de sucre sur votre table, sucré et granulé, peut, tout à fait, être une source de glucides raffinés provenant de la plante de canne à sucre qui est composée de saccharose. Ce type de sucre est couramment utilisé pour sucrer les jus, les boissons gazeuses, les sauces, les vinaigrettes, les condiments et les dessert.

En revanche, les glucides complexes se trouvent dans les aliments comme le pain, les pâtes, les produits céréaliers et les fruits et légumes. Généralement, les glucides complexes sont également accompagnés de fibres bénéfiques qui aident à ralentir leur digestion, à réduire les pics de glycémie et à vous sentir rassasiés plus longtemps.

2) LA CONNEXION ENTRE LE SUCRE ET L’INSULINE

Les glucides, simples ou complexes, sont la source de carburant préférée de notre corps. Lorsque nous mangeons n’importe quel type de glucide, il se décompose en sa forme la plus simple (le glucose) pour notre corps. Puis, il est absorbé dans la circulation sanguine et augmente votre taux de sucre (la glycémie) dans le sang. Le pancréas répond, à cette élévation du niveau de sucre dans votre sang, en libérant une hormone appelée insuline qui agit comme une « clé » qui ouvre le « verrou » de la cellule. Ce qui permet au glucose dans le sang d’entrer et d’être utilisé par la cellule pour produire de l’énergie.

Donc : les glucides sont très importants !

Même si vous avez trouvé un moyen de supprimer complètement les glucides de votre alimentation, votre corps fabriquera du glucose à partir d’autres aliments que vous mangez, comme des protéines ou des graisses. Et, ce qui entraînera une malnutrition potentielle, une perte musculaire et un métabolisme lent (car ralenti). Ce n’est certainement pas ce que nous voulons, n’est-ce pas ?

Les problèmes arrivent lorsque vous dépassez les besoins de votre corps en glucides… Encore et encore… Et encore. Ainsi, nous stressons continuellement notre pancréas afin qu’il produise de plus en plus d’insuline :

  • Soit parce que nous consommons une quantité excessive de sucre.
  • Ou parce que nous avons de la graisse corporelle qui empêche l’insuline d’atteindre des cellules.

Et, nous pouvons nous retrouver dans un état de résistance à l’insuline.

Et, la résistance à l’insuline (ainsi que l’hyperinsulinémie et l’augmentation des taux d’IGF-1, facteur de croissance analogue à l’insuline-1) est un des traits caractéristiques du diabète de type 2. Par ailleurs, les études épidémiologiques suggèrent que le diabète de type 2 va parfois de pair avec certains types de cancer en favorisant potentiellement la croissance et le développement de tumeurs (4) (5) (6) (7).

3) SUCRE ET CANCER DU PANCRÉAS

Une grande méta-analyse a examiné le lien entre le sucre et le cancer du pancréas, suggérant que l’hyperglycémie et les niveaux élevés d’insuline jouent probablement un rôle dans son développement (8).

Lors de l’examen de diverses études de cohorte (c’est-à-dire des études observationnelles, analytiques/étiologiques avec un groupe contrôle comme groupe témoin), aucune association n’a été trouvée sur l’effet des régimes riches en glucides totaux, en sucre ou en index glycémique élevé sur le risque de cancer du pancréas. De même, les études épidémiologiques précédentes n’ont pas été en mesure de spécifier les types exacts de glucides (par exemple : saccharose, fructose, glucose) liés au cancer du pancréas.

Cependant, les résultats des 10 études de cohorte analysées suggèrent qu’une consommation élevée de fructose (le type de sucre se trouvant dans les fruits) peut augmenter le risque de diabète de type 2, d’obésité, de résistance à l’insuline et de cancer du pancréas.

4) SUCRE ET CANCER DE LA PROSTATE

Une nouvelle étude longitudinale (= une cohorte épidémiologique) a examiné les régimes alimentaires de plus de 3000 volontaires depuis les années 1970. Elle révéla que les régimes avec une charge glycémique plus élevée (c’est-à-dire prenant à la fois en compte l’IG, index glycémique de l’aliment et de la quantité de glucides avalée), notamment causée par les boissons gazeuses et les jus de fruits, étaient associés à un risque plus élevé de 88 % de cancer de la prostate (9).

Cependant, cette étude ne peut pas parler de cause à effet et a été menée sur une population presque exclusivement caucasienne. Donc, il est certainement nécessaire de poursuivre les recherches dans ce domaine.

5) SUCRE ET CANCER DE L’ENDOMÈTRE

Vous avez peut-être entendu dire que les cancers hormonodépendants comme le cancer de l’endomètre (10) et le cancer du sein (3) sont liés à la consommation de sucre. Car on pense souvent que le sucre perturbe nos hormones. Les récepteurs de l’insuline et du système de facteur de croissance analogue à l’insuline 1 (IGF-1) ont été théorisés pour donner naissance à des cellules cancéreuses à multiplication rapide. Ce qui suggère qu’ils peuvent favoriser la croissance du cancer et la survie des cellules cancéreuses.

Certaines preuves suggèrent qu’une augmentation des œstrogènes due à un excès de graisse corporelle et au diabète peut aider à augmenter le risque de cancer de l’endomètre chez les femmes ménopausées (10). Cela dit, mis à part le risque plus élevé d’obésité et de diabète de type 2 avec une plus grande consommation de boissons sucrées, dans l’ensemble, il n’y a pas beaucoup de preuves sur le lien entre les boissons sucrées et le cancer de l’endomètre.

Les études (10) ont montré une influence très faible ou modérée du sucre dans les jus de fruits, les aliments sucrés, cuits au four ou les féculents sur le risque de cancer de l’endomètre. De plus, il n’y avait aucune différence de santé entre ceux qui buvaient des boissons sucrées et ceux qui n’en buvaient pas. En d’autres termes, il peut y avoir un lien entre le sucre et le cancer de l’endomètre (c’est-à-dire l’obésité et le diabète). Mais, il ne s’agit en aucun cas de cause à effet.

6) SUCRE ET CANCER DU SEIN

Dans le domaine du cancer du sein, l’étude publiée en 2014 a suivi des patientes, atteintes d’un cancer du sein, qui avaient augmenté leur consommation de glucides pendant environ 2 ans après le diagnostic. Cette étude suggéra qu’elles avaient un risque plus élevé de récidive du cancer du sein. Mais les résultats n’étaient pas statistiquement significatifs (3).

Un autre article récent (11) affirma qu’un régime riche en sucre augmente le risque de cancer du sein et de métastases pulmonaires. Les chercheurs de l’étude ont proposé que le fructose en particulier fût « responsable de faciliter la production et la croissance du cancer ». (« […] responsible for facilitating cancer production and growth« ).

Bien que cela semble prometteur, cette étude particulière a été réalisée sur des souris. Ce qui (immédiatement) nous dit que nous ne pouvons pas traduire, ni transférer automatiquement les résultats aux humains. Il s’agit d’un point de départ important pour les recherches futures sur le sucre et le cancer du sein. Mais rien d’extraordinaire pour l’instant !

Le sucre et le cancer Faits et Mythes-1

7) L’INFLUENCE DES TYPES DE SUCRE SUR LE CANCER

Bon, après tout ça, qu’en est-il du « mauvais » sucre (vous savez le sucre blanc ajouté raffiné) par rapport au sucre « sain » ou « naturel » ?

N’oubliez pas que tous les sucres sont chimiquement identiques et se décomposent dans notre corps en glucose. Les glucides complexes sont digérés plus lentement car ils doivent être décomposés et sont liés à des fibres bénéfiques. Tandis que les glucides simples augmentent votre glycémie et votre insuline rapidement car ils sont déjà sous leur forme la plus simple.

Si le lien proposé entre le cancer et le sucre est le suivi de l’insuline et de la glycémie, la forme de sucre peut être vraiment importante !

C’est pourquoi les chercheurs effectuant une étude prospective sur la santé ont étudié l’effet de différents types de sucre, tels que le fructose et le saccharose présent naturellement, le saccharose ajouté et le fructose ajouté, ainsi que les sucres totaux sur le risque de cancer (12). Et, malgré les exceptions que j’ai mentionnées dans les sections ci-dessus, aucune association claire n’a été trouvée entre l’un des sucres alimentaires analysés et le risque de cancer colorectal, pancréatique, du sein, de l’endomètre ou de la prostate.

L’étude longitudinale menée par le chercheur MAKAREM N., du département de médecine de Columbia University Medical Center, a révélé un examen de l’impact des glucides simples et complexes sur les résultats du cancer (9). Les chercheurs ont découvert que la consommation d’aliments à faible indice glycémique comme les légumineuses, les légumes non féculents, la plupart des fruits et les grains entiers était associée à un risque de cancer du sein inférieur de 67%.

D’autre part, une consommation régulière et plus élevée de glucides transformés comme les boissons sucrées était associée à un risque 3 fois plus élevé de développer un cancer de la prostate.

Comme le montre la différence entre les glucides complexes entiers non transformés (généralement à faible indice glycémique) et les glucides simples raffinés (à indice glycémique élevé) sur le risque de cancer, il est suggéré de ne pas trop se concentrer sur les glucides totaux, mais plutôt sur le type de glucides que nous consommons.

POUR CONCLURE

Donc faut-il éviter le sucre et les glucides pour réduire le risque de cancer ?

Allez, résumons tout ça : le sucre ne nourrit pas plus ou moins les cellules cancéreuses qu’il ne nourrit TOUTES les cellules de votre corps.

Éviter tout sucre peut faire plus de mal que de bien. Car les cellules saines de votre corps ont besoin de glucides pour fonctionner correctement. Et, elles feront tout ce qu’elles ont à faire (y compris briser votre muscle) juste pour l’obtenir.

Ce à quoi je veux que vous soyez le plus conscients et attentifs : c’est que consommer un excès de sucre et de glucides raffinés qui sont liés à la prise de poids peut indirectement augmenter votre risque de cancer au fil du temps.

Je pense que ce qui se passe probablement ici, c’est que même si nous ne pouvons pas nécessairement affirmer avec certitude que TOUT type de sucre alimente le cancer à lui seul, il se peut que le régime alimentaire spécifique, c’est-à-dire se concentrer sur le type de glucides que nous consommons, puisse nous aider à réduire notre risque de développer un cancer.

Exemple : les personnes qui consomment une alimentation riche en légumineuses et en grains entiers, mais faible en sucre raffiné peuvent mieux gérer leur poids et leur glycémie. Mais encore une fois, ATTENTION, ce n’est que de la spéculation car il est difficile de tirer des conclusions d’études de cohorte ou d’observation.

Il est donc clair que nous avons besoin de recherches plus rigoureuses dans ce domaine.

Avec les preuves dont nous disposons actuellement, nous ne pouvons pas affirmer fermement que le cancer a une affinité pour le sucre. Mais il existe quelques bonnes pratiques que nous pouvons adopter pour réduire nos risques de maladies chroniques comme le cancer :

  • Choisissez des aliments riches en fibres et à faible indice glycémique comme les fruits, les légumes et aux grains entiers. Ce sont nos aliments frais et naturels entiers et non transformés.
  • Écoutez votre corps pour détecter les signaux de satiété et de faim pour éviter de trop manger ou de faire des crises de frénésies alimentaires. N’oubliez pas que votre corps vous indiquera ce dont vous avez besoin. Ainsi, vous prendrez ainsi soin de votre corps et vous le nourrirez correctement. Et, cela ne ressemble en rien à la faim ou à la suralimentation !
  • Pratiquez une activité physique régulière. Soyez actif et faites quelque chose que vous aimez ! Car il est temps de commencer à investir dans votre santé.
  • Profitez de protéines et de graisses saines avec vos glucides pour aider à ralentir leur absorption. Cela vous laissera satisfait et plein d’énergie tout au long de la journée.
  • Répartissez votre apport en glucides tout au long de la journée pour réduire les pics d’insuline. Cela vous permettra d’équilibrer vos niveaux de sucre dans le sang sans craindre l’effondrement de l’après-midi.

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J’espère que cet article vous a plu et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture. Qu’en pensez-vous ? Essayez-vous de réduire votre quantité de glucides par peur du cancer ? Laissez-moi un commentaire ! Je serai ravie de pouvoir y répondre. N’oubliez pas de partager et de vous abonner !

Céline Maetti

Céline Maetti est la fondatrice de The French Nutrition©. Ayant été pendant un moment dans le domaine de la perte de poids, elle décide de se spécialiser dans le diabète. Et, elle met ses connaissances et son expertise dans ses recettes et ses articles faciles à suivre !

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