Aujourd’hui, un thème important : l’addition alimentaire ou la dépendance alimentaire. Ce sujet peut être une discussion très animée et émouvante pour certaines et certains. J’ai vu d’ardents défenseurs et des critiques passionnés du concept de la « dépendance alimentaire » ainsi que de tout ce qui se trouve entre les deux.
« Je suis un chocoholic » ou « Je suis accro au sucre » ou encore « Une fois que je commence à manger des frites, je ne peux plus m’arrêter »…
Combien de fois avez-vous déjà entendu ces phrases ou ressentir la même chose ? Si vous êtes comme moi, vous les avez beaucoup entendus ! De plus en plus de personnes parlent de « dépendance » concernant certains aliments.
Ce terme est sérieusement pris en compte dans les cercles scientifiques. Car, avec la montée de l’obésité et l’inclusion récente du DSM-V (Manuel de diagnostique statistique des troubles mentaux, 5ème édition) du trouble de l’alimentation excessive, les diététiciens (RDN) sont confrontés à des questions difficiles sur la manière de traiter le problème de la « dépendance alimentaire ».
Dans cet article, nous allons passer en revue ce que la recherche nous dit à propos de ce sujet. Je veux être claire et partager ce que nous savons et ce que nous ne savons pas sur la dépendance alimentaire via la recherche. Puis ce dont nous avons besoin pour les recherches futures.
1) THÉORIE DE LA DÉPENDANCE ALIMENTAIRE
Les partisans du terme dépendance alimentaire citent souvent quatre similitudes entre la nourriture et d’autres substances addictives :
- Les aliments partagent les voies communes des drogues dans le cerveau.
- La nourriture peut activer les neurones du système de récompense dans notre cerveau, qui gère naturellement nos désirs, nos plaisirs et nos émotions.
- Lorsqu’ils sont consommés, les récepteurs de la dopamine sont modifiés.
- L’anticipation de l’alimentation avec les régions cérébrales observées dans la toxicomanie.
Bien que le concept de dépendance alimentaire soit extrêmement convaincant, il existe un certain nombre de raisons de faire preuve de prudence dans son application.
2) LIMITES DE LA THÉORIE DE LA DÉPENDANCE ALIMENTAIRE
Sachez qu’il n’existe pas de définition réelle d’un aliment addictif (comme les drogues).
En effet, les aliments classés comme « les plus addictifs » sont les biscuits, le chocolat, les beignets, les gâteaux, les frites, les glaces et les pizzas. Il est important de remarquer que tous ces aliments contiennent du gras, du sucre, du sel ou une combinaison des trois.
Ainsi, il est difficile pour les chercheurs de :
- catégoriser les éléments qui créent une dépendance,
- déterminer si le terme fait référence à une ou plusieurs substances addictives,
- ou définir les caractéristiques interagissant avec les vulnérabilités individuelles.

3) Que nous dit la science ?
Selon, une étude publiée en 2013 (1) sur l’analyse de l’addiction à la nourriture d’un point de vue clinique et de la neurosciences, les chercheurs Ziauddeen et Fletcher affirment que :
« Bien que des arguments aient été avancés selon lesquels certains aspects de l’alimentation en cas d’obésité créent une « dépendance », nous mettons en garde contre des applications moins strictes d’un modèle de dépendance, car elles risquent de perdre le pouvoir explicatif et les bases neurobiologiques du modèle ».
En fait, il y a très peu de recherches qui soutiennent le modèle de la dépendance alimentaire.
Une grande partie de la recherche a été effectuée sur des animaux (2). Et, les résultats de ces études contiennent des éléments qui semblent prometteurs. Tandis que les résultats des études menées sur les humains, qui sont peu nombreuses, sont largement contradictoires.
Les auteurs déclarent que « le rôle potentiel de la FA (Food Addiction = Addiction à la nourriture) dans l’épidémie d’obésité […] a acquis beaucoup de valeur avec relativement peu de soutien ». (« the potential role of FA in the obesity epidemic […] has acquired much currency with relatively little supporting it »). Ils pousuivent en disant que « […] la dépendance alimentaire est peu susceptible d’être une voie causale chez la majorité des personnes obèses ». (« […] food addiction is unlikely to be a causal pathway in the majority of people with obesity »).
De plus, la théorie de la dépendance alimentaire ne prend pas en compte d’autres explications viables des phénomènes neurobiologiques.
Il faudrait également considérer ces quatre limites au modèle de dépendance alimentaire :
- Le conditionnement pavlovien,
- La nourriture est censée être enrichissante,
- Une alimentation restreinte augmente la valeur hédonique de la nourriture,
- La faim augmente l’activation neurale.
Un point important soulevé dans ces articles est que certains aliments ne créent pas vraiment de dépendance. Mais, la manière dont un aliment est proposé, disponible de manière intermittente ou constante, peut influencer la manière dont il est consommé, comme le « gavage » répété ou intermittent (2).
En effet, selon, Rebecca Corwin, PhD, RDN, chercheuse et professeure de neurosciences nutritionnelles, affirme que les aliments et les drogues agissent sur les mêmes zones du cerveau. Mais, il existe une différence essentielle. Puisqu’elle explique que les drogues vont directement au cerveau et ont des effets très puissants. La nourriture ne fait pas cela. Car ses effets sont plus subtils, ce qui rend très difficile de devenir dépendant au même titre que la drogue ou l’alcool.
Il existe très peu de preuves que les substances contenues dans un aliment, comme le sucre, le sel ou la graisse, créent une dépendance chez l’homme.
Par exemple, même si la combinaison de douceur et de graisse dans un cupcake satisfait une envie chez une personne, cette même personne mangeant des aliments avec une teneur en graisse et sucre similaire, comme un cookie ou une glace, peut ne pas avoir son envie satisfaite. Un autre exemple : quelqu’un qui ne peut pas arrêter de manger des chips ne se contenterait pas de manger une cuillerée d’huile végétale mélangée à du sel (représentant les mêmes substances contenues dans les chips)… Alors que, des toxicomanes peuvent satisfaire leur dépendance aux narcotiques sans ordonnance avec des narcotiques sur ordonnance.
Ce qui démontre que les ingrédients spécifiques ne causent pas la dépendance.
Dans un article publié en 2014, des chercheurs européens ont proposé que le terme « dépendance de manger » ou « addiction comportementale » soit « eating addiction » soit plus approprier que « addiction aux aliments » ou « addiction à la nourriture » ou « dépendance alimentaire » (3). Ils confirment également qu’il y a peu de preuves pour soutenir la nourriture comme une substance addictive. Mais les chercheurs affirment que les études animales et humaines suggèrent l’existence de comportements alimentaires addictifs davantage liés aux circonstances environnementales qu’à des aliments spécifiques.
POUR CONCLURE
Cet article est court car j’ai essayé d’utiliser des termes assez simples. Je souhaitais montrer que l’on ne peut pas tout miser sur la dépendance alimentaire. Les causes sont plus profondes. Et je pense que, pour les diététiciens, nutritionnistes et autres personnes formées dans l’alimentation, il faut examiner et discuter ouvertement avec vos clients. Car, il est important de savoir si le concept de dépendance alimentaire leur donne du pouvoir.
Bien que étiqueter le terme « manger » comme un comportement addictif soit plus approprié que de dire que la nourriture est une substance addictive. Il est vrai que cela pourrait être mieux car cela nous permettrait de concentrer son attention sur le comportement d’un individu. Et, cela pourrait éventuellement offrir un certain espoir en termes de stratégies de traitement pour aider à modifier le comportement.
Car, c’est là que le mélange de l’art et de la science est essentiel. Beaucoup de personnes expriment des sentiments de désespoir et d’impuissance lorsqu’ils se sentent considérer comme des toxicomanes de l’alimentation. Cela se traduit souvent par un cycle d’alimentation restrictive suivi d’une alimentation excessive.
Donc, en tant qu’experts en nutrition, les diététiciens sont parfaitement positionnés pour se tenir au courant des dernières recherches sur la « toxicomanie » alimentaire et interpréter ces résultats pour leurs clients.
La recherche sur la dépendance alimentaire découvre de plus en plus de choses essentielles à la compréhension de cette addiction. Ainsi, les diététiciens devraient rester à l’écoute de nouvelles informations. Cependant, en attendant, ils doivent envisager des approches alternatives.
L’essentiel est que les individus doivent faire face aux difficultés qu’ils ont avec la nourriture. C’est pourquoi travailler avec un thérapeute comportemental ou un professionnel de santé spécialisé dans les troubles de l’alimentation est important Leur but est d’aider leurs clients à réduire leur consommation compulsive et leur frénésie alimentaires. L’alimentation intuitive a, d’ailleurs, fait l’objet de recherches importantes comme une des solutions alternatives.
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J’espère que cet article vous a plu et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez à nous laisser des commentaires. Nous serons ravis de vous entendre !










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