La société nous a appris à labéliser de nombreuses choses. Et la nourriture est souvent classée dans ces catégories binaires : bon et mauvais, sain et malsain. Cependant, la nourriture n’a pas de valeur morale. Pour de nombreuses personnes, l’un des points les plus difficiles (surtout pour celles et ceux qui découvrent l’alimentation intuitive) est de comprendre qu’il ne peut y avoir ni bons ni mauvais aliments.
Et cela va à l’encontre de tout ce qu’on leur a dit sur la nutrition. Les messages courants des réseaux sociaux sont des messages effrayants sur les sucres et les glucides ajoutés, les aliments transformés, le gluten et les produits laitiers. Il n’est donc pas surprenant que vous pensiez qu’il soit sûrement y avoir des aliments qui sont tout simplement mauvais pour la santé.
Catégoriser les aliments en « bons » et « mauvais » est incroyablement normalisé dans la façon dont nous parlons de la nourriture dans notre culture.
Certains aliments sont étiquetés comme sains et meilleurs comme les légumes, les salades du magasin bio, les préparations du style « poke bowl » de la roulotte « healthy » du coin. A l’inverse d’autres aliments sont étiquetés comme malsains ou simplement de la « merde ». Il est donc difficile d’avoir une discussion sur la nutrition sans hiérarchiser les aliments.
Aussi normal qu’il soit d’étiqueter les aliments comme « bons » ou « mauvais », classer les aliments dans ces hiérarchies n’est pas seulement scientifiquement et nutritionnellement incorrect, mais cela nuit également à notre relation avec la nourriture.
1. Confusion entre nutrition et santé
Lorsque je travaille avec des clients en les aidant à considérer l’alimentation de manière plus neutre, l’une des choses dont nous discutons est la différence entre la nutrition et la santé.
Lorsque les aliments sont étiquetés comme « bons » et « mauvais » ou « sains » et « malsains », cela repose sur l’idée que les « mauvais » aliments sont peu ou pas nutritifs. Et que les « bons » aliments sont riches en nutriments. S’il est vrai que certains aliments contiennent de très faibles quantités de vitamines, de minéraux, de fibres et d’antioxydants, et que d’autres aliments sont plus riches en nutriments, cela ne signifie pas que ces aliments sont sains ou malsains.
La santé est bien plus complexe que la nutrition. Car elle englobe des facteurs sociaux, psychologiques et financiers.
Si quelqu’un essaie de manger uniquement les aliments les plus nutritifs, mais que cela signifie être socialement isolé, devoir consacrer tout son temps et son argent dans cette nourriture et être stresser de manger tout le temps les « bons » aliments, cela n’est pas une façon très saine de manger.
Ainsi, ici, il peut être plus sain de choisir des aliments contenant moins de nutriments, mais qui sont plus satisfaisants, plus économiques et permettent une certaine flexibilité lors des interactions sociales.
Le choix « santé » n’est pas toujours le choix le plus nutritif. Faire des choix alimentaires sains signifie prendre en compte d’autres facteurs en dehors de la nutrition, comme les besoins mentaux/émotionnels, financiers et/ou sociaux.
Certains « mauvais » aliments sont utiles dans certaines situations. Différents aliments servent à des fins différentes. Et cela inclut les aliments qui sont souvent considérés comme « mauvais ».
Par exemple, un coureur pourrait décider d’utiliser un sachet de gel pendant une course. Ces sachets de gel sont simplement du sucre. Ils ne sont pas vraiment nutritifs, et pourtant ils constituent un choix très sain pour quelqu’un qui a besoin d’une source rapide d’énergie facilement disponible pour alimenter une séance d’entraînement.
De même, lorsqu’une personne souffre d’hypoglycémie, le glucose rapidement disponible contenu dans un soda ou un bonbon constitue un choix sain dans cette situation.
Si vous avez des problèmes d’estomac ou des nausées matinales pendant la grossesse, sachez que les glucides simples et féculents sont généralement les seuls aliments que vous tolérez. Comme les nouilles ramen, les toasts, etc. Bien qu’ils ne soient pas nécessairement riches en nutriments, ces aliments sont parfaits pour donner à votre corps l’énergie dont il a besoin pour lutter contre la maladie ou nourrir un fœtus en pleine croissance. Surtout lorsque vous avez dû mal à réfléchir et à faire beaucoup de choses.

2. Etiqueter les aliments comme « bons » ou « mauvais » ignore les besoins nutritionnels individuels
Le discours dominant sur la nutrition donne l’impression qu’il existe une « bonne » façon de manger. Or, les besoins nutritionnels sont différents d’une personne à l’autre en fonction de nombreux facteurs, notamment (mais sans s’y limiter) les antécédents médicaux, la génétique et l’état nutritionnel.
Un exemple simple est les amandes. Généralement, elles sont classées comme des aliments « sains » par excellence. Car elles regorgent de graisses monoinsaturées saines pour le cœur, de vitamine E, de fibres et de phytonutriments. Elles sont pourtant « malsaines » ou « mauvaises » pour les personnes allergiques aux noix.
Bien sûr, vous pouvez me dire « mais ce n’est pas la même chose » et je vous demanderai « en quoi cela est différent ? » Car il s’agit également ici d’une question de santé.
Un autre exemple ? Pour les personnes atteintes du syndrome du côlon irritable (SCI), les aliments riches en fibres, en particulier les fruits et légumes crus, peuvent déclencher les symptômes du SCI. Une collation avec des crudités crues et du houmous est certainement nutritive, ce qui lui vaut d’être qualifiée de « collation saine ». Mais ce n’est pas un choix sain pour quelqu’un si cela provoque des douleurs abdominales intenses et des crampes.
3. Moins nutritif ne veut pas dire nocif
Il existe certainement des exemples d’aliments qui peuvent être nocifs lorsqu’ils sont consommés. Et il y a des histoires assez horrible sur les aliments frelatés dans le passé comme le scandale « swill milk » (1). (Un scandale sur le lait dans les années 1850 qui est fascinant et absolument dégoûtant). Même si aujourd’hui nous disposons d’un approvisionnement alimentaire beaucoup plus et étroitement réglementé et relativement sûr, des épidémies de maladies d’origine alimentaire continuent de se produire. Parfois à cause de mauvaises pratiques commerciales et de sécurité alimentaire, parfois à cause d’une simple malchance.
Mais la grande majorité des aliments qualifié de « mauvais » ne sont pas réellement nocifs, ils sont simplement moins nutritifs. Car qualifier un aliment de « mauvais » envoie le message qu’il est catégoriquement nocif à consommer.
Bien que la modération avec certains aliments puisse être utile dans certaines circonstances, cela ne signifie pas que les inclure dans un régime alimentaire global nutritif soit nocif ou qu’un aliment soit mauvais pour la santé pour tout le monde. Cela concerne même les sucreries, les sodas et autres aliments transformés.
Cela peut ressembler à de la sémantique, mais c’est un sujet important. Lorsqu’un aliment est catégoriquement étiqueté comme « mauvais », cela envoie le message qu’il doit être complètement évité.
Si l’évitement est l’objectif, cela ne laisse aucune place pour parler d’un aliment avec des nuances, ou pour savoir comment interagir avec un aliment d’une manière physiquement et mentalement saine.
4. Cela vous donne le stress du « tout ou rien »
Avez-vous déjà tenu ce discours intérieurement : « Tu as déjà été mauvais(e) cette semaine. Tu as dépassé tes calories 2 fois. C’est pas bien ! » Cela vous semble familier ?
Si vous vous en voulez parce que vous avez mangé de la « mauvaise » nourriture, vous vous faites plus de mal que la nourriture elle-même. En moralisant ainsi la nourriture, vous vous mettez la pression pour avoir la façon « parfaite » de manger. Ce qui n’arrivera jamais car la perfection n’existe pas. Le stress associé à cette pensée peut d’ailleurs être plus « mauvais » pour votre santé physique et mentale.
5. Cela donne trop de pouvoir à la nourriture
Il est vrai que la nourriture n’est que de la nourriture. Mais en faisant en sorte que notre dialogue interne définisse constamment la nourriture comme « bonne et mauvaise », nous lui permettons d’avoir trop de contrôle sur notre esprit. Cela peut conduire et conduit souvent à des habitudes alimentaires désordonnées, où l’on devient obsédé par « devoir manger de la meilleure façon ».
Cela arrive souvent au point où cela fait des ravages sur la santé physique et mentale. Sans oublier qu’une tendance à restreindre toutes vos envies est également le moyen le plus rapide de parvenir à un cycle de restriction de la frénésie.
Une fois que vous arrêtez de considérer la nourriture comme une influence énorme dans votre vie et que vous incluez consciemment vos envies dans votre alimentation habituelle, vous supprimez le désir de toujours la vouloir et éventuellement de vous en gaver à un moment donné.
6. Cela vous fait oublier que la nourriture ne sert pas uniquement à nourrir votre corps
Il est vrai que la nourriture nourrit votre corps en lui apportant des protéines, des glucides, des graisses, des vitamines, des minéraux et des antioxydants.
Cependant, la nourriture est aussi une source de joie, de culture et de communauté.
A l’approche des périodes de fêtes, nous nous rappelons que l’un des meilleurs aspects du dîner de Noêl est de réunir votre famille et de se connecter par le rire et la conversation autour d’un dîner réconfortant. Vous ne mangez probablement pas le repas le plus sain de votre vie ce jour-là, mais ce que vous mangez et avec qui vous le mangez a probablement nourri votre âme.
La nourriture est également un élément essentiel de chaque culture.
Lorsque vous voyagez dans un autre Etat ou pays, essayez des plats locaux dans la région est l’un des meilleurs moments. Car cela vous aide à vous connecter et à comprendre votre environnement. La nourriture est souvent enracinée dans le patrimoine et la tradition. Et il n’y a rien de mal à en faire l’expérience.
En ne reconnaissant pas cela, nous continuons en outre à perpétuer les stigmates qui existent à propos des aliments ethniques. Et, nous avons souvent une vision erronée de ce qui signifie une alimentation « saine et bonne ».
Par exemple, les smoothies verts et le blanc de poulet sont souvent considérés comme « bons et sains ». Et les aliments provenant d’autres cultures sont considérés comme « mauvais ou malsains », comme ceux de l’Inde ou du Mexique. Et ces opinions sont malheureusement toujours très populaires, bien que des aliments comme les toasts à l’avocat, le quinoa et le curcuma soient arrivés en tête de la liste de la culture du bien-être alors qu’ils sont respectivement originaires d’Amérique latine et d’Inde.
Pour conclure
Supposons que la nourriture à laquelle vous pensez porte l’étiquette certifiée de la marque « MAUVAISE ». L’étiqueter comme tel vous aide-t-il réellement à vous engager dans une voie plus « saine » ? N’êtes-vous pas constamment en train de penser à cet aliment ?
Vous pouvez reconnaître que certains aliments fournissent beaucoup plus de nutriments et de bienfaits pour la santé que d’autres, sans pour autant moraliser ces aliments et créer un cercle mental vicieux pour vous-même. De toute évidence, certaines conditions, états pathologiques et allergies/sensibilités rendront certains aliments interdits ou devront être réduits.
Mais si vous vous retrouvez avec des restrictions auto-imposées parce que la culture diététique le dit, il est beaucoup plus sain mentalement de pouvoir faire un voyage spontané avec votre famille pour acheter une glace sans vous sentir mal par la suite.
La moralisation alimentaire empêche également de progresser dans notre vision négative des aliments culturels. Et cela vous expose également à un plus grand risque de développer des habitudes alimentaires désordonnées (TCA).
N’oubliez pas qu’une bonne alimentation ou nutrition concerne la vision globale de ce que vous consommez au fil du temps. Et non la microgestion de chaque repas et collation. Vous n’avez pas besoin de consommer une quantité de multivitamines à chaque fois que vous mangez. Il est possible d’inclure des aliments uniquement pour le plaisir, les liens sociaux et la commodité.
La vérité est que la nutrition n’est pas une question morale. Et la santé n’est pas aussi simple que de classer les aliments en « bons » ou « mauvais ». Il n’existe pas de régime alimentaire unique qui conviendrait à tout le monde. Nous avons tous des journées plus « saines » que d’autres.
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J’espère que cet article vous a plu et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez à nous laisser des commentaires. Nous serons ravis de vous entendre !
Bibliographie
(1) OBLADEN M. « From swill milk to certified milk: progress in cow’s milk quality in the 19th century » – Annals of Nutrition & Metabolism, 2014, 64(1), p. 80-87. DOI: 10.1159/000363069










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