Vous êtes-vous déjà demandé « pourquoi je mange ? » Généralement, vous êtes poussés à manger par le besoin de survivre, ou par des habitudes alimentaires (comme manger un certain nombre de repas par jour), ou à cause du goût des aliments et des conséquences agréables de manger.
Mais, sommes-nous conscient de nos choix ?
Certains aliments peuvent parfois être si difficiles à résister… même avec la plus grande volonté du monde. Vous pouvez vous retrouver à chercher des brownies au chocolat ou des beignets tout chauds ! Nous pensons souvent que notre cerveau conscient contrôle totalement les choix que nous faisons en matière de nourriture… et que même lorsque nous sommes tentés par des friandises riches en calories, ce n’est rien de plus qu’une simple bataille entre notre volonté et cette faim qui nous titille le ventre.
Mais, la réponse à qui (ou quoi) contrôle la prise de décision de notre cerveau est beaucoup plus complexe. Quels sont les facteurs spécifiques qui influencent la façon dont votre cerveau fait des choix alimentaires ?
Découvrons ce que la science nous dit à ce sujet.
1. QUI (OU QUOI PLUTÔT) À LE CONTRÔLE ?
Votre cerveau est influencé par une multitude de choses différentes lors de la prise de décisions concernant la nourriture. Saviez-vous que chaque jour, nous prenons en moyenne 227 décisions rien que sur la nourriture. En fait, environ 95% d’entre eux sont inconscients ! (1)
Donc, toutes ces influences peuvent être physiologiques (internes), environnementales (externes), sociales ou éducatives, hormonales ou neuronales, visuelles ou olfactives. Et, pour rendre la tâche encore plus difficile, ces facteurs ne surviennent généralement pas isolément : votre cerveau doit faire face à une combinaison de plusieurs influences, à la fois !
Examinons certains de ces différents facteurs pouvant affecter la façon dont vous prenez des décisions alimentaires.
2. VOUS NE DORMEZ PAS
Bon, cela ne veut pas dire que vous êtes réveillés pour autant ! Est-ce que quelque chose d’aussi banal que dormir un peu moins que d’habitude pourrait influencer les décisions que votre cerveau prend au sujet de la nourriture ? Eh bien, apparemment oui.
Selon des études menées, il existe un lien clair entre la privation de sommeil et l’obésité (2) (3). Mais comment le fait de ne pas dormir influence-t-il réellement la façon dont votre cerveau prend des décisions concernant la nourriture ?
Ce n’est que très récemment que l’impact spécifique de la privation de sommeil sur les mécanismes centraux du cerveau a été clairement défini. Les scientifiques ont pu montrer que la privation de sommeil entraînait une diminution de l’activité du cortex frontal et du cortex insulaire, c’est-à-dire des régions du cerveau humain responsables de l’évaluation de l’appétit (4). De plus, ils ont montré qu’un sommeil insuffisant entraînait également une augmentation significative du désir de nourriture. Cette réaction se déroule au niveau de l’amygdale, une région du cerveau associée à la prise de décision et aux réactions émotionnelles.
Une autre étude a révélé que les individus qui recevaient de la nourriture après un sommeil restreint présentaient une activité accrue dans les zones du cerveau associées à la récompense alimentaire (5). Pour les curieux, ces zones du cerveau correspondent au cortex frontal, à l’insula, au thalamus, au noyau accumbens (au centre du cerveau) et le putamen.
Pour cette raison, la privation de sommeil entraîne un double coup dur de changement de l’activité cérébrale. Puisque votre cerveau désire plus de nourriture mais il est incapable d’évaluer si vous avez vraiment faim ! Et malheureusement, ces changements vous conduisent directement à rechercher des aliments riches en calories, ce qui peut favoriser la prise de poids.
Donc, si vous voulez un coup de main pour ne pas tomber dans les fringales alimentaires et ne manger que lorsque vous avez vraiment faim, assurez-vous de dormir suffisamment.
3. TROP DE STRESS
Avez-vous déjà remarqué à quel point, en période de stress intense, votre volonté de faire des choix alimentaires sains s’envole par la fenêtre ? Et comment la surconsommation d’aliments riches en calories augmente encore plus votre niveau de stress alors que vous éprouvez des sentiments d’échec et de culpabilité ? Examinons cette relation entre la tension ou l’inquiétude et nos choix alimentaires.
Les liens entre le stress et l’obésité sont complexes et se produisent à la fois au niveau neuronal et physiologique.
En effet, une étude a été menée sur 30 femmes souffrant de divers degrés de stress chronique. Elle a montré que les femmes, présentant des niveaux de stress plus élevés, avaient une activité accrue dans les régions du cerveau liées à la récompense, à la motivation et à la prise de décision lorsque des images d’aliments riches en calories leur étaient présentées (6). De plus, ces femmes ont montré une activité cérébrale réduite dans les régions frontales du cerveau associée à la planification stratégique et au contrôle émotionnel. Comme vous l’avez remarqué, ces résultats sont tout à fait similaires à ceux trouvés dans les études sur la privation de sommeil.
En effet, le stress entraîne un désir accru de nourriture tout en rendant le cerveau moins capable de prendre des décisions et de contrôler ses émotions.
Mais en plus des réactions neuronales, le stress produit également une réponse physiologique dans le corps humain, et spécifiquement sous la forme de l’hormone cortisol.
Une autre étude a examiné l’effet du cortisol sur la prise de décisions concernant les aliments riches en calories (7). Les scientifiques ont découvert que les personnes qui généraient la plus grande quantité de cortisol en réponse à des facteurs de stress psychologiques consommaient également la plus grande quantité d’aliments riches en matières grasses et sucrées.
De plus, l’un des principaux indicateurs de stress chronique est la perturbation des habitudes de sommeil. Ainsi, la privation de sommeil augmente la production de cortisol, ce qui, à son tour, augmente le stress. Par conséquent, cela augmente votre désir d’aliments riches en calories et parfois pauvres en nutriments essentiels. Pas étonnant alors qu’en période de stress élevé, il puisse être difficile de faire des choix alimentaires en accord avec ce dont le corps a besoin !
4. UN CERVEAU AFFAMÉ EST UN MAUVAIS JUGE
Nous avons parlé de toutes les choses qui peuvent influencer votre prise de décision alimentaire lorsque vous n’avez pas nécessairement besoin de nourriture. Mais comment la faim elle-même a-t-elle un impact sur les choix alimentaires que vous faites ?
Selon la recherche, vos choix alimentaires actuels et futurs sont influencés par votre état de faim actuel (8). En effet, une étude publiée en 1998 montra que lorsqu’on demandait à des individus affamés et des individus satisfaits de choisir la nourriture qu’ils recevraient dans une semaine, les individus affamés choisissaient systématiquement plus de collations moins riches en nutriments et riches en calories que les individus satisfaits. Et, ces mêmes différences de choix ont également eu lieu lors de la prise de décisions concernant la nourriture qu’ils recevraient immédiatement.
Donc, faire ces courses quand on a faim n’est peut-être pas la meilleure idée !
5. DIFFÉRENCE DE GENRE ET ÉVOLUTION
Cette propension à manger plus que ce dont nous avons besoin est profondément enracinée dans notre passé évolutif. En raison de la rareté et de l’imprévisibilité de la nourriture dans la nature, nous avons évolué pour manger autant que nous le pouvons lorsque la nourriture est facilement disponible. Et, de sorte que l’excès d’énergie puisse être stocké sous forme de graisse dans le corps comme mécanisme de protection contre de futures pénuries alimentaires.
Etonnamment, la recherche montre des différences en fonction du genre sur le choix des aliments (8). Bien qu’il n’y ait aucune différence pour les choix futurs, les femmes choisissent systématiquement des collations moins riches en nutriments et plus riches en calorie que les hommes lorsqu’elles font des choix immédiats. Intéressant, non ?
Mais les hommes n’ont-ils pas besoin de plus de calories ? La conclusion de l’étude peut sembler étrange étant donné que les hommes ont besoin de plus de calories au quotidien pour alimenter leur plus grande taille. Cependant, d’un point de vue évolutif, ce résultat est logique. Pourquoi ?
Parce que nos ancêtres féminins avaient la responsabilité supplémentaire de nourrir les nourrissons ainsi qu’elles-mêmes. Donc, avoir une prédisposition accrue à manger plus afin de constituer des réserves de graisses chaque fois que possible leur aurait donné un avantage évolutif. Ainsi, c’est peut-être pour cette raison que les hommes semblent mieux réussir à suivre un régime que les femmes.
6. NOTRE VISION ET LES PUBLICITÉS ALIMENTAIRES
Nous avons beaucoup parlé de l’impact des facteurs internes sur notre capacité à faire de bons choix alimentaires, mais les choses que nous voyons dans le monde qui nous entoure pourraient-elles aussi influencer ce que nous mangeons ? Apparemment oui !
Il semble que les repères visuels soient extrêmement influents lorsqu’il s’agit de votre cerveau faisant des choix alimentaires. Ce que nous voyons peut avoir un impact sur la nourriture que nous mangeons de différentes manières : nous aider à faire de meilleurs choix ou nous encourager à acheter des produits moins riches en nutriments, voire même influencer la quantité que nous consommons. Et pour ça, les publicités alimentaires l’ont bien compris et vous connaissent peut-être mieux.
La commercialisation des produits alimentaires est une industrie de plusieurs milliards de dollars. Il est clair que ce ne serait pas une si grande entreprise si elle n’était pas aussi efficace pour influencer nos choix alimentaires. Et, les industries du marketing alimentaire et des publicités l’ont très bien compris.
Ce qui n’est pas toujours évident : c’est de vouloir que nos enfants mangent varier le plus possible. En effet, une étude a mené un examen à grande échelle de l’impact du marketing alimentaire sur l’obésité infantile (9). Et, ils rapportent que la publicité télévisée sur les aliments augmente directement les préférences des enfants pour les aliments annoncés et leurs demandes aux parents pour ces aliments. (vidéo TEDx Talks ici)
Mais, puisque les indices visuels peuvent nous motiver à faire des choix alimentaires, pourquoi ne pas l’utiliser à notre avantage ? Alors que les spécialistes du marketing sont moins préoccupés par les intérêts de santé du consommateur et plus intéressés par la vente de la quantité maximale de produits, il existe d’autres indices visuels sur les emballages alimentaires qui peuvent influencer positivement la façon dont votre cerveau peut faire des choix alimentaires.
En effet, une étude récente menée par des scientifiques en Allemagne consistait à montrer aux participants des étiquettes alimentaires qui les informaient des impacts potentiels pour la santé d’un aliment particulier (10). L’exposition à ces étiquettes a entraîné un biais du système d’évaluation du cerveau (dans l’amygdale) vers d’autres choix alimentaires « plus sains ». Bon même si je n’aime pas particulièrement utilisé le terme « plus sain » et « malsain », puisque pour moi manger une glace n’a rien de « malsain », n’oubliez qu’il s’agit toujours de varier votre alimentation afin d’avoir tous les nutriments dont votre corps a besoin.
Mais, du coup, fournir des informations nutritionnelles sur les emballages alimentaires peut influencer la façon dont votre cerveau prend la décision de consommer ou non cet aliment. Et pour cette raison, un investissement dans la connaissance rapporte souvent un meilleur intérêt. (Benjamin Franklin)
7. JE MANGE COMME LUI/ELLE
Est-il possible que ce que mangent les gens autour de vous ou ceux que vous suivez puisse également avoir un impact sur vos propres choix alimentaires ? Il semble que la réponse soit oui.
En effet, nous savons que ceux auxquels vous vous identifiez peuvent, en effet, exercer une forte influence sur vos décisions alimentaires. Concrètement, vous êtes influencé à la fois par ce qu’ils et par la quantité qu’ils mangent… même lorsque vous mangez seul ! Donc attention à vos sources !
8. UNE ODEUR DE PAIN FRAIS ET DE CHOCOLAT…
Êtes-vous déjà entrés dans une station-service ou un supermarché et avez-vous été immédiatement attirés par l’arôme séduisant du café frais ou du pain cuit au four ? Cela a-t-il déclenché une réponse émotionnelle ou mémorielle dans votre cerveau qui vous a donné envie de l’acheter ?
Si vous pensiez que ces odeurs n’étaient qu’un sous-produit « coïncidant » de la nourriture qui se trouve à l’intérieur, alors détrompez-vous. Les grandes entreprises, en particulier aux Etats-Unis, prennent conscience du fait que si le son et la vue ont été jusqu’à présent le principal objectif des stratégies visant à influencer les choix alimentaires, notre odorat reste une ressource marketing largement inexploitée mais puissante.
Un exemple intéressant est un supermarché à New-York, qui a installé des machines sur les murs du magasin pour diffuser dans les allées des arômes d’aliments, notamment du pamplemousse dans la section des produits frais et du chocolat dans l’allée des confiseries. Les ventes globales auraient augmenté de plus de 7% après l’installation (11)! Mais les arômes peuvent aussi induire des achats spécifiques. Par exemple, une station-service aux Etats-Unis (oui encore !), à laquelle était rattaché un dépanneur, a signalé que le fait de propager l’odeur du café autour du magasin augmentait l’achat de cette boisson de 300% (11)!
Le « marketing olfactif » est si efficace parce que votre odorat est directement connecté au système limbique (les parties de votre cerveau qui sont responsables du traitement des émotions et de la mémoire). Et, les émotions ont une forte influence sur notre prise de décision. De plus, l’arôme stimule l’anticipation du goût.
Dans une étude datant de 2014, les scientifiques expliquent que l’arôme des aliments influence indirectement les décisions concernant les aliments en stimulant d’abord l’anticipation du goût (12). Et, par conséquence, cela joue un rôle dans le déclenchement du plaisir subjectif attendu et du plaisir gustatif. Ainsi, seule l’odeur d’un produit familier suffit à influencer les décisions que votre cerveau prend au sujet de la nourriture ! Le marketing olfactif incite à l’achat d’aliments en stimulant l’anticipation du goût et le plaisir attendu.
9. NOS VALEURS ET NOS CHOIX ALIMENTAIRES
Les « valeurs » se définissent comme les principes qui guident nos décisions au quotidien. Elles transcendent des actions et des situations spécifiques et sont rarement conscientes. Mais elles servent néanmoins de normes directrices dans toutes les décisions que nous prenons. Au cœur des sciences sociales depuis plus de 100 ans, nos valeurs sont fréquemment utilisées pour expliquer les motivations derrière nos comportements et nos attitudes.
Dans les années 1990, le psychologue Shalom Schwartz a menée des enquêtes auprès de plus de 25 000 personnes dans 44 pays différents afin d’examiner ce que ces valeurs étaient et si elles variaient entre les types de culture (13). Il conclue que les humains ont 58 valeurs spécifiques (sur 10 types de valeurs). Et, que ces valeurs semblent être universelles et ne varient pas de manière significative entre les cultures. Mais qu’est-ce que nos valeurs ont à voir avec la façon dont notre cerveau prend des décisions concernant la nourriture ?
Bien que ces valeurs soient plus généralement associées à la prise de décision dans le contexte d’actions ou de croyances sociales, elles sont en fait tout aussi pertinentes pour les décisions que nous prenons concernant ce que nous mangeons. En effet, dans certaines situations, vos décisions en matière de choix alimentaires peuvent être influencées par le pouvoir (reconnaissance sociale), l’universalisme (protection de l’environnement), la sécurité (santé, coût financier), ou le conformisme/tradition (auto-discipline, respect de la tradition).
POUR CONCLURE
Avec tous ces différents facteurs qui influencent la façon dont votre cerveau prend des décisions alimentaires, il est facile de se sentir dépassé et d’avoir un réel contrôle sur le choix des aliments. Surtout que certaines de ces influences sont dues à notre environnement et apparemment hors de notre contrôle.
Ainsi, les influences externes sont plus difficiles à contrôler que les influences internes parce que vous avez un pouvoir plus limité sur où, quand et comment vous les rencontrerez. Cependant, bien que vous ne puissiez pas contrôler les stratégies de marketing visuel et olfactif, le simple fait d’être conscient de leur existence et de comprendre que leur objectif est d’influencer vos choix alimentaires peut grandement contribuer à réduire leur effet. De plus, un meilleur engagement avec le contenu nutritionnel des aliments que vous envisagez d’acheter (plutôt que de vous concentrer sur les « bénéfices pour la santé » souvent trompeurs proclamés sur les emballages) peut également vous aider à prendre de meilleurs décisions alimentaires.
En fait, il existe une multitude d’étapes pratiques que vous pouvez utiliser pour reprendre le contrôle de vos décisions alimentaires.
- Dormir suffisamment améliorera la capacité de votre cerveau à évaluer avec précision votre niveau de faim et réduira la partie de votre cerveau responsable des désirs alimentaires.
- Faire de l’exercice régulièrement, en particulier lorsque vous vous sentez dépassé et stressé, réduira votre stress et votre anxiété. Mais cela vous aidera également à vous sentir plus détendu, réduisant ainsi vos niveaux de cortisol, et donc influencer sur vos désirs d’aliments gras et sucrés.
- Être dans un environnement moins stressant sera appréciable par votre corps. Car comme vous le savez, le stress n’est pas un bon état lorsqu’il s’agit de prendre des décisions concernant la nourriture. Et, trop de stress n’est pas très bon pour nous, de toute façon.
Donc passer une bonne nuit de sommeil, transpirer de temps en temps et pratiquer la pleine conscience sont autant de petits changements dans la vie qui peuvent faire une grande différence. Comprendre vos limites et savoir quand dire « non » est un moyen important d’éviter d’en assumer plus que ce que vous pouvez supporter. Et, si vous ne le saviez pas, un bref câlin de 10 secondes chaque jour peut augmenter vos niveaux d’ocytocine, ce qui contrecarre les effets du cortisol et réduit les niveaux de stress, améliorant ainsi votre attitude générale dans la vie ainsi que la qualité de vos choix alimentaires !
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