Et bien voici un mot que l’on ne rencontre pas souvent. L’orthorexie existe pourtant : il s’agit d’une forme de désordre alimentaire qui se caractérise lorsque manger sainement devient obsessionnel.
C’est un sujet important pour ceux qui sont obsédés par leur santé (surtout aujourd’hui). Il y a beaucoup de confusion lorsqu’il faut différencier le cas où une alimentation saine est simplement une alimentation saine et lorsqu’elle franchit la limite du désordre alimentaire.
Bon, il est indéniable qu’il peut être bénéfique de manger des aliments nutritifs et de se concentrer sur sa santé. Mais dans notre société actuelle confrontée, sans cesse, à des messages de nature diététique, la recherche sur le « comment rester en bonne santé » peut être poussée à l’extrême.
Avec une culture du bien-être en constante évolution et en vendant le même régime dans des emballages différents, s’ils sont poussés trop loin, des efforts alimentaires bien intentionnés peuvent se transformer en orthorexie.
Qu’est-ce que cela signifie ? Comment savoir si vous êtes en bonne santé ou obsessionnel ?
Cet article vous expliquera ce qu’est l’orthorexie, certains signes avant-coureurs et comment gérer une alimentation saine sans obsession.
1. QU’EST-CE QUE L’ORTHOREXIE ?
L’orthorexie mentale est une forme de désordre alimentaire (ou une forme de trouble du comportement alimentaire) dans laquelle on devient obsédé par une alimentation saine et/ou la poursuite d’un régime « parfait » (1).
Bien que l’orthorexie ne soit pas reconnue officiellement comme TCA (Troubles des Conduites Alimentaires) dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), le terme « orthorexie » provient du médecin américain Steven Bratman (MD) en 1996 (officiellement présenté en 1997). Ce terme gagne plus d’attention ces dernières années avec la montée de certaines tendances alimentaires, y compris « manger sainement », « paléo », « céto », « vegan », et plus encore. A ce sujet, Bratman affirme : « c’est ce transfert de toute valeur de la vie dans l’acte de manger qui fait de l’orthorexie un véritable trouble« .
Dans cette caractéristique essentielle, l’orthorexie présente de nombreuses similitudes avec les deux autres troubles alimentaires que sont : l’anorexie et la boulimie.
Alors que le boulimique et l’anorexique se concentrent sur la quantité de nourriture, l’orthorexique se fixe sur sa qualité. Tous les trois donnent à la nourriture une place excessivement importante dans le schéma de la vie. Le problème est que l’orthorexie n’est pas actuellement reconnue comme un trouble formel de l’alimentation. Donc, il est difficile d’estimer précisément le nombre de personnes qui en souffrent. Très souvent, les tendances orthorexiques s’associent à des troubles anxieux couramment observés chez les personnes souffrantes d’anorexie mentale, de boulimie mentale, de trouble de l’hyperphagie boulimique et d’autres troubles alimentaires non spécifiées.

2. COMMENT SAVOIR SI VOUS SOUFFREZ D’ORTHOREXIE ?
La culture de l’alimentation confirme les comportements de troubles de l’alimentation comme quelque chose « à célébrer ». Par conséquent, il peut souvent être difficile de signaler les signes avant-coureurs et les symptômes de troubles de l’alimentation. Cela est particulièrement vrai pour l’orthorexie.
Personnellement, j’ai moi-même bataillé contre une santé obsessionnelle. Ma fixation intense sur une alimentation « propre » n’était pas seulement normalisée, mais encouragée. Sur Instagram, il y a de nombreuses communautés qui encouragent ceux qui mangent « propre et sain ». Ils qualifient ce type de régime alimentaire strict (oui finalement très strict) comme « inspirant ». C’est flatteur mais psychologiquement dur à supporter sur le long terme. Car il faut toujours manger « sain ».
On me félicitait pour ma « maîtrise de soi » devant un dessert que je ne prenais pas ou pour toujours être la « personne saine » du groupe. D’ailleurs, beaucoup de mes amis n’osaient pas manger comme ils le souhaitaient parce que… J’étais présente.
Ah ! Ce sentiment de culpabilité ! Et honnêtement, j’étais tout sauf en bonne santé. Des pensées et des calculs sur la nourriture ainsi que des inquiétudes à propos de la consommation excessive de certains aliments occupaient constamment mon cerveau.
Dans ma quête rigide de la santé physique, je devenais de plus en plus malsaine. Et, je ne voyais pas cela comme un problème avant d’être de l’autre côté…
Avez-vous déjà regardé le menu d’un restaurant afin de vous assurer qu’il propose quelque chose que vous êtes « autorisés » à manger ? Manger d’une manière spécifique vous donne-t-il un sentiment de supériorité morale ou de satisfaction spirituelle ? Évitez-vous les situations sociales ou les rassemblements de peur de ne pas pouvoir manger certains aliments ? Passez-vous des heures par jour à consommer des articles ou des vidéos sur la culture du bien-être sur les réseaux sociaux ?
Et ce ne sont là que quelques exemples des tendances orthorexiques, mais qui peuvent inclure également :
- Juger les autres qui mangent d’une manière différente ou « moins saine » que vous. Et baser le caractère de ces personnes sur les choix alimentaires.
- Se sentir profondément coupable d’avoir mangé quelque chose en dehors de ce qui est considéré comme sain ou autorisé.
- Sentiments de peur associés à la consommation d’aliments transformés ou de certains ingrédients jugés malsains.
- S’éloigner des membres de la famille et des amis pour éviter les situations sociales qui pourraient compromettre les habitudes alimentaires.
- Engagement obsessionnel dans les sphères des médias sociaux entourant les blogs sur un mode de vie sain.
- Suppression de groupes alimentaires entiers tels que les produits laitiers, les produits animaux, les glucides ou le sucre, les graisses, etc.
- Planifier méticuleusement les repas et les collations à l’avance et/ou une fixation constante sur la nourriture.
- Intérêt inhabituel pour la santé ou pour l’absence de nourriture saine que d’autres consomment.
Souvent l’orthorexie est une forme plus socialement acceptable des troubles de l’alimentation. Elle peut agir comme une étape intermédiaire pour les personnes en phase de rétablissement.
D’après ma propre expérience, la restriction méticuleuse des calories changea en orthorexie. Et, certains groupes d’aliments disparurent de mon assiette pour des raisons de « santé ». Surtout la classe des glucides !
Plutôt que de compter les calories, je disséquais les étiquettes des aliments. Je comptais les nutriments pour m’assurer d’obtenir la quantité « parfaite » de vitamines et de minéraux par jour. Je passais beaucoup de temps à lire le contenu des blogueurs de bien-être et à planifier mes repas pour les prochains jours, en m’assurant d’avoir la version parfaite.
J’ai connu des personnes qui, lors de soirées ou d’évènements, pensaient constamment à la nourriture servie. A la façon dont ils devraient naviguer autour des choses qu’ils ne se permettaient pas de manger. Ou alors ils mangeaient avant de venir pour être sûrs de manger selon leurs principes. Moi-même, je pensais de la même façon et c’était fatiguant !
Et, en fait, je ne réalisa pas qu’il s’agissait simplement d’orthorexie. Il y avait une partie de moi qui n’était pas prête à 100% à abandonner mon trouble de l’alimentation comme mécanisme d’adaptation. Je me sentais en sécurité. Je restais dans une bulle qui me permettait de me déconnecter de tout ce qui était vraiment difficile avec lequel je ne voulais pas m’engager. Après tout, j’étais celle qui était « saine », non ?
3. ALIMENTATION SAINE VS ORTHOREXIE
Tout cela pour vous dire qu’il n’y a rien de mal intrinsèquement à la recherche de la santé. Il existe certainement un moyen de s’alimenter sainement sans passer par l’orthorexie. Mais il peut être difficile de s’y retrouver pour les personnes qui ont des antécédents ou actuellement des troubles de l’alimentation.
Travaillez avec un diététicien et/ou un thérapeute formé aux troubles de l’alimentation peut être extrêmement utile pour cultiver une relation saine avec la nourriture et peut-être travailler avec l’alimentation intuitive.
4. L’ALIMENTATION INTUITIVE
C’est une forme de nutrition douce : le principe de l’alimentation intuitive est d’honorer la santé d’une manière nourrissante et flexible.
Cela peut inclure le choix d’aliments qui vous donnent l’énergie, d’opter pour des aliments plus nutritifs tels que des grains entiers au lieu d’aliments raffinés et de manger une variété de fruits et de légumes pour fournir au corps des vitamines et des minéraux importants. Cette nutrition douce est différente pour tout le monde et il n’y a pas d’approche unique. Mais il peut être utile d’aborder une alimentation saine avec un état d’esprit dans le respect corporel et de curiosité plutôt que de rigidité.
Une alimentation saine est abordée en tant que soins personnels contrairement à maîtrise de soi. Cela implique un zoom arrière et une vue d’ensemble en matière de nutrition et de santé. Plutôt que d’être pris dans les détails de combien de calories ou de grammes de tels aliments ai-je eu aujourd’hui, faites un retour en arrière et demandez-vous au cours de la semaine dernière, ai-je eu une grande variété d’aliments et de nutriments ?
Ainsi manger sainement vient avec la compréhension qu’un aliment ou une expérience alimentaire ne fera pas ou ne nuira pas à votre santé et que tous les aliments ont une certaine valeur nutritionnelle.
Cette nutrition douce est abordée avec un état d’esprit d’abondance par rapport à la rareté. Plutôt que de couper des aliments, pensez aux aliments que vous pouvez ajouter à une expérience alimentaire qui vous aidera à vous sentir bien, à la fois physiquement et mentalement. Bien entendu, l’approche d’une alimentation saine évoluera au jour le jour en fonction des besoins et des envies différents. Mais le plus important est de conserver un sentiment de curiosité, de flexibilité et d’adaptabilité tout en apprenant à embrasser le bien-être sans l’obsession.
POUR CONCLURE
Il n’y a rien de mal à choisir des aliments plus nutritifs plutôt que des aliments moins riches en nutriments pour des raisons de santé. Mais le problème se pose lorsque ces choix commencent à dicter votre vie. Si la recherche de la santé vous cause du stress et de l’anxiété, alors ce n’est plus une quête saine.
Si vous remarquez que vous devenez obsessionnel par rapport à votre alimentation, que vous évitez les événements sociaux ou que vous êtes constamment concentrés sur la nourriture et la santé, il est peut-être temps de rechercher le soutien que vous méritez pour guérir votre relation à la nourriture.
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J’espère que cet article vous a plu et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez à nous laisser des commentaires. Nous serons ravis de vous entendre !
Bibliographie
(1) GOUTAUDIER N., et ROUSSEAU A. « L’orthorexie : une nouvelle forme de trouble des conduites alimentaires ? Othorexia : A new type of Eating Disorder » – La Presse Médicale, 2019, 48(10), p. 1065-1071. DOI: 10.1016/j.lpm.2019.07.005










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