Ah ! Le fameux sujet de la viande rouge et le cancer.
Alors, en 2012, une étude épidémiologique d’Harvard (1) a défrayé la chronique :
« La viande rouge est responsable d’un décès prématuré sur 10 »
annonce le Telegraph (2)
Les chercheurs d’Harvard ont découvert qu’une portion quotidienne de 85 grammes de viande rouge était associée à un risque accru de décès de 13%. De plus, la viande rouge transformée, plus précisément un hot dog ou deux tranches de bacon, était associée à un risque de mortalité encore plus élevé : soit de 20% !
Les chercheurs d’Harvard ont également remarqué qu’en remplaçant une portion quotidienne de viande rouge par portion de poisson, de volaille, de noix, de légumineuse, de produits laitiers faibles en gras ou de grains entiers, le risque décès était réduit.
Alors, avant de déclencher les sonnettes d’alarme sur la viande rouge et de paniquer, rembobinons le film et partons au commencement.
1) UNE ÉTUDE ÉPIDÉMIOLOGIQUE ?
Une étude épidémiologique est une enquête qui est menée à grande échelle sur la population. Elle peut, alors, établir une association entre un facteur alimentaire et un risque pour la santé, comme l’étude d’Harvard de 2012.
Cependant, une étude épidémiologique ne peut pas nous dire grand-chose sur les mécanismes biologiques sous-jacents. Et, contrairement aux études d’intervention, elles ne peuvent pas montrer de cause à effet. Il existe deux grands types d’études épidémiologiques :
- les études cas-témoins (case-control studies)
- Les études de cohorte épidémiologique (prospective cohort studies).
a) Les études épidémiologiques : les études cas-témoins
La première façon dont les études épidémiologiques sont menées consiste à recruter des personnes qui ont déjà un cancer et à les associer à des personnes similaires sans cancer, à des fins de comparaison.
Les deux groupes (donc ceux avec le cancer et les témoins sains) remplissent des questionnaires sur l’historique d’aliments consommés, tels que la viande rouge, et les facteurs liés au mode de vie qui peuvent également affecter le risque de cancer, tels que le tabagisme. Ce type de stratégie épidémiologioques est appelé étude cas-témoin.
b) Les études épidémiologiques : les études de cohorte épidémiologiques
La deuxième façon dont les études épidémiologiques sont menées consiste à recruter un grand groupe de personnes en bonne santé et à les interroger sur leur consommation alimentaire, comme la viande rouge, et d’autres facteurs de risque en temps réel. Les participants sont ensuite suivis pendant un certain temps pour voir qui a déclenché un cancer et qui n’en a pas.
Ce deuxième type de stratégie épidémiologique est appelé étude de cohorte épidémiologique ou étude de cohorte prospective.
2) QUE DIT L’ÉPIDÉMIOLOGIE SUR LA VIANDE ROUGE ET LE RISQUE DE CANCER ?
Un certain nombre d’études cas-témoins (3) (4) (5) et de cohortes prospectives (6) (7) (8) (9) (10) ont constamment trouvé des associations entre la consommation de viande rouge transformée et non transformée et des risques accrus de cancer de sein, de cancer du côlon, de mortalité par cancer et maladies cardiaques, et le risque global de mortalité. Ces études étaient de haute qualité. Puisque les associations étaient indépendantes des autres facteurs de risque liés à l’alimentation et au mode de vie comme le tabagisme ou l’exercice physique.
Sachez qu’une association indépendante peut être obtenue en mesurant soigneusement les réponses à l’enquête et en les ajustant statistiquement.
3) EST-CE QUE CELA PROUVE LA CAUSALITÉ DU CANCER ?
Et bien : NON !
Les études cas-témoins et de cohorte épidémiologiques ne peuvent pas prouver que la viande rouge cause le cancer.
Les stratégies épidémiologiques peuvent nous en dire beaucoup sur les tendances démographiques à grande échelle. En particulier, si elles concernent plus de 100 000 personnes, comme l’étude d’Harvard de 2012.
Cependant, comme nous l’avons vu précédemment, ces études ne peuvent pas prouver la causalité. Tout ce qu’elles peuvent montrer est une association ou un lien. Cela signifie que, contrairement à une étude d’intervention (étude expérimentale) qui examine les preuves biologiques, une étude épidémiologique ne peut pas conclure que la viande rouge CAUSE le cancer ou la mortalité.
Elles ne peuvent que montrer un lien mais rien ne prouve que manger de la viande rouge cause le cancer.
4) OÙ SONT LES PREUVES « BIOLOGIQUES » ?
Si les études cas-témoins et de cohorte épidémiologiques ne peuvent pas prouver que la viande rouge cause le cancer, alors existe-t-il des preuves biologiques qui expliquent le lien entre la consommation de viande rouge et le risque de cancer ?
Honnêtement, la réponse est NON.
Cependant, les scientifiques biomédicaux proposent plusieurs conjectures pour expliquer un tel lien.
a) Les agents mutagènes de la cuisson à haute température
Lorsque la viande est cuite au barbecue, grillée, frit, dorée, brûlée ou cuite à haute température, certains sous-produits chimiques se forment, susceptibles de causer des dommages à l’ADN. Et, à très fortes doses, le cancer (11) (12). On les appelle les agents mutagènes alimentaires, un type de génotoxine (qui provoque un changement dangereux dans le matériel génétique).
Les deux principaux agents mutagènes alimentaires sont :
- Les HAP : Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques.
- Les AH : Amines Hétérocycliques.
Pour faire court, les AH se forment lorsque des protéines animales comme la créatine et la créatinine sont exposées à une chaleur élevée. Quant aux HAP, ils se forment lorsque la graisse de la viande s’égoutte sur une surface chauffée et brûle. Cela « enrobe » la viande avec de la fumée contenant des HAP.
Et, sachez que l’on retrouve également des HAP dans la fumée de cigarette et les émissions de carburant. Super, non ?? (*ironique*).
D’ailleurs, des études épidémiologiques ont également suggéré que ceux qui mangent beaucoup de viandes au barbecue, grillées ou frits ont été liés à un risque de cancer plus élevé. Et, ces résultats sont également étayés par des interventions biomédicales, montrant que les HAP entravent la réparation de l’ADN dans les cellules, qu’ils sont stockés dans le tissu adipeux (graisse) mammaire et qu’ils imitent faiblement l’hormone œstrogène (13) (14) (15).
b) Les N-nitrosamines dans les viandes transformées
Les sels de nitrite et de nitrate sont des additifs utilisés pour produire des viandes transformées et salées telles que le saumon fumé, le bacon, les saucisses, le salami, le pepperoni, le pâté et les hot-dogs. Ces sels réagissent avec les amines naturellement présentes dans la viande en formant des composés N-nitrosés ou N-nitroso (NOC). Ces derniers se sont avérés provoquer le cancer chez plus de 40 espèces animales différentes.
Des études de cohorte épidémiologiques ont trouvé un lien entre les NOC et les cancers gastro-intestinaux, y compris les cancers de l’œsophage, de l’estomac et les cancers colorectal et rectal (16) (17) (18) (19).
Mais, si l’on regarde le côté positif, il existe certaines preuves que les NOC sont moins susceptibles de causer des dommages à l’ADN si vous consommez une alimentation riche en vitamines antioxydantes C et E. Ah ben voilà !![]()
c) Les autres hypothèses
Les résidus d’hormones dans les produits carnés : les hormones de croissance données au bétail pour accélérer le cycle de reproduction ont été liées au cancer. Heureusement, on ne les trouve pas les ciandes de l’UE ou biologiques.
L’hème dans la viande rouge : l’hème est un produit chimique contenant du fer présent dans la viande rouge, qui lui confère sa couleur rouge. Bien que le fer alimentaire soit essentiel pour une bonne santé, la recherche indique une toxicité indirecte de l’hème en favorisant la formation de composés N-nitrosés (NOC) et d’aldéhydes génotoxiques dans le microbiome intestinal (20).
Le microbiote intestinal : d’autres domaines d’explorations incluent le microbiome intestinal, dont les implications génétiques, cellulaires et chimiques ne sont pas encore entièrement comprises (21).
d) Serait-ce votre génétique ?
Une autre hypothèse est l’influence de votre génétique sur la façon dont les sous-produits de la viande rouge sont métabolisés dans votre corps. De nouvelles recherches explorent l’idée que certaines personnes pourraient être génétiquement sensibles à certains sous-produits de la viande rouge. Soit par une activité mutagène plus élevée, soit par une capacité moindre à réparer l’ADN (22) (23) .
Cependant, une autre explication à cela pourrait être que certains mangeurs de viande rouge peuvent ne pas consommer suffisamment d’antioxydants et de composés phytochimiques provenant d’aliments végétaux, dont beaucoup se sont avérés bénéfiques sur le plan épigénétique pour la prévention du cancer.
e) Qu’en est-il des protéines contenues dans la viande rouge et de l’IGF-1 ?
La viande rouge est très riche en protéine. Et, nous avons souvent entendu que la viande rouge trop riche en protéine provoquait le cancer. Une étude épidémiologique cas-témoins menée en 2014 associa une consommation élevée de protéines provenant de produits d’origine animale à une augmentation de l’incidence du cancer (24).
En plus d’évaluer l’apport en protéines à partir des enquêtes réalisées par 6 318 adultes, les scientifiques ont enregistré les niveaux d’IGF-1 chez 2 253 participants. L’IGF-1, ou somatomédine C, est un facteur de croissance analogue à l’insuline. Et, les résultats ont montré que pour chaque augmentation de 10 ng/mL d’IGF-1, les personnes suivant un régime riche en protéines présentaient un risque de cancer accru de 9% par rapport à celles suivant un régime pauvre en protéines.
Et, les résultats de cette étude sont conformes aux recherches antérieures menées par les mêmes scientifiques. Ils montrent que les niveaux plus élevés d’IGF-1 sont liés à un risque de cancer plus élevé. Et, qu’une consommation plus faible de protéines diminue l’IGF-1.
L’étude de 2014 a également révélé que les protéines végétales comme celles des haricots, ne semblaient pas avoir les mêmes associations de mortalité que les protéines animales.
5) UNE MISE EN GARDE SUR LES RÉGIMES PAUVRES EN PROTÉINES
Le professeur Valter Longo avertit qu’il ne faut pas aller trop loin dans la suppression des protéines. Car vous pouvez passer très rapidement d’une protection à une malnutrition. Ce qui peut entraîner une fragilité osseuse et une perte musculaire. Et, ceci est encore plus pertinent si vous êtes encore jeune, un athlète ou 65 ans ou plus.
En fait, l’étude de Longo de 2014 montre que les protéines sont protectrices si vous êtes plus âgé (24). Les personnes de plus de 65 ans qui mangeaient un régime modéré ou riche en protéines étaient moins sensibles aux maladies. Tandis que celles de 50 à 65 ans, déclarant un apport élevé en protéines, avaient une augmentation de 75% de la mortalité globale.
6) QU’Y-A-TIL DANS LA VIANDE ROUGE QUI NE SE TROUVE PAS DANS LES AUTRES PRODUITS ANIMAUX ?
Ces hypothèses ne résolvent pas entièrement notre question sur la viande rouge en particulier. Alors que les mangeurs de viande rouge ont été épidémiologiquement liés à un risque de cancer plus élevé, d’autres carnivores ne l’ont pas été (ou du moins pas dans la même mesure).
Par exemple, selon l’étude d’Harvard de 2012, le remplacement de la viande rouge par d’autres protéines animales a réduit le risque de décès : de 7% pour le poisson, de 10% pour les produits laitiers et de 14% pour la volaille.
La réponse : le Neu5Gc. En décembre 2014, des scientifiques de l’Université de Californie ont révélé qu’un sucre potentiellement cancérigène appelé Neu5Gc, qui se trouve naturellement dans les viandes rouges (bœuf, porc et agneau), pourrait en être responsable (25). Ils ont émis l’hypothèse que Neu5Gc dans la viande rouge peut provoquer une inflammation chronique si votre système immunitaire génère constamment des anticorps pour attaquer cette molécule étrangère.
L’inflammation chronique est connue pour créer un environnement favorable à la formation de tumeurs. Pour tester cette hypothèse, ils ont utilisé des souris génétiquement modifiées pour imiter les humains. C’est-à-dire qu’elles n’avaient pas leur propre Neu5Gc et produisaient des anticorps contre lui.
Lorsque ces souris ont été nourris avec du Neu5Gc, elles ont développé une inflammation systématique. De plus, la formation spontanée de carcinomes (un type de cancer malin) a quintuplé. Cependant, les scientifiques ont admis que la preuve concluante chez l’homme sera beaucoup plus difficile à obtenir. Donc cette explication de l’incidence du cancer reste théorique.
POUR CONCLURE
Alors, est-ce que la viande rouge cause le cancer ? La réponse la plus précise à ce jour est : NOUS NE SAVONS PAS.
Pourquoi ? N’oubliez pas que les associations de viande rouge avec le risque de cancer d’après les études épidémiologiques ne peuvent pas prouver la causalité. Donc, il est techniquement inexact de dire que la viande rouge cause le cancer.
Cela dit, les scientifiques sont toujours occupés à étudier les explications probables de la relation épidémiologiques entre la viande rouge et le risque de cancer. Nous nous attendons donc à voir plus d’études d’intervention (études expérimentales) à ce sujet au cours des prochaines années.
Donc ne prenez pas chaque gros titre de journal comme une vérité.
Le lien de cause à effet direct entre viande rouge et cancer n’ayant pas encore été établi chez l’homme, il nous reste des hypothèses sur les coupables possibles comme celles que nous avons analysées dans cet article.
Sur une note positive, certaines études de cohorte sur la viande rouge ont indiqué que la consommation de fruits et de légumes avait un effect protecteur contre le risque de cancer. Donc, voici une autre bonne raison d’en manger plus ! Comme toujours, l’effet combiné de votre alimentation globable est ce qui compte vraiment. Donc variez les plaisirs !
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J’espère que cet article vous a plu et vous aidera à guérir votre relation avec votre corps et la nourriture. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez à nous laisser des commentaires. Nous serons ravis de vous entendre !










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